ABINAYA : « Corps » (c) 2009

ABINAYA : « Corps » (c) 2009

Corps
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Publié: 14/05/2009

A l’heure où les grosses locomotives de metal traditionnel monopolisent l’actualité ces dernières années, entendre un groupe sortant des sentiers battus tel ABINAYA est une véritable bouffée d’air frais et un bon coup de pied au cul d’une communauté metal se refermant de plus en plus sur elle-même.
A l’instar d’un FAITH NO MORE ou d’un LIVING COLOR qui au début des années 90 avaient réussi l’impossible mariage du metal à d’autres genres (rap, funk etc…), les parisiens d’ABINAYA nous balancent une bombe de heavy tribal aux textes des plus intelligents et très bien écrits.
La galette démarre par le morceau « Corps » avec des percussions qu’on retrouvera tout le long de ces onze brûlots. Puis un énorme riff de guitare déboule des enceintes avec en arrière-plan une section rythmique en béton armé avec une basse bien mise en valeur.
Ce qui frappe d’entrée est l’énorme son et l’excellent travail de production réalisé sur ce disque : puissance, mise en relief de chaque instrument et un « espace » permettant de laisser de la place à chaque instrument, ce qui fait souvent défaut sur les disques de metal traditionnel.
Et bien entendu, il y a la voix d’Igor, chantant tous ses textes en français, modulant sa voix, tantôt agressive, tantôt posée mais toujours mélodique.
La chanson « Corps » est un parfait résumé de la musique d’ABINAYA. Bougrement heavy, la chanson est guidée par cette guitare super heavy, ces percussions entêtantes, par ce refrain bien trouvé et qui reste dans la tête pour terminer de façon énervée sur ces coups de double grosse caisse.
« Enfant d’Orient »  ne calme pas le jeu et s’avère encore plus heavy : écoutez cette intro avec ce riff de guitare et cette double grosse caisse ! La chanson se veut rampante dans les couplets durant lesquels Igor décrit, au travers de ses paroles, la vie détruite à jamais des enfants de la guerre vivant dans les pays d’Orient au rythme des bombardements mis en son par la batterie.
La chanson se termine sur un rythme frénétique comme pour marquer une grande colère. Certainement l’un des morceaux les plus réussis de l’album. Puis arrive l’hymne d’ABINAYA, « L’Homme Libre ». Cette chanson est tout bonnement énorme : tout en gardant la richesse musicale du groupe (percussions, riff lourd, basse ronflante, coups de double grosse caisse), le groupe a créé une mélodie imparable qui encore une fois reste gravée dans votre tête. Cet hymne à la liberté (et aux motards ?) a tout pour devenir leur  « Antisocial » !
L’ombre d’un NOIR DESIR survitaminé plane sur « Regarder le ciel »  et ses paroles très bien écrites sont un appel à l’anticonformisme. Et c’est également l’une des forces du groupe : le talent de parolier d’Igor qui maitrise parfaitement la langue de Molière.
Pour preuve le trop beau  « Algo Mais (Quelque chose de plus) »  qui alterne couplets calmes de toute beauté et refrains électriques mais toujours menés par le chant  d’Igor dont les paroles et la voix nous hypnotisent.
Changement d’atmosphère avec « Les Labels »  : grosse basse et gros riff font trembler les enceintes avant que les percussions et la batterie ne complètent l’espace sonore de ce brûlot vindicatif à l’encontre des maisons de disques ayant claqué la porte au groupe dans le passé.
« Testament »  fait baisser un peu la pression mais regorge encore une fois de toute la richesse musicale du groupe et ses percussions si caractéristiques. Le changement sur ce morceau vient du chant plus posé et faisant étrangement pensé à … William Sheller (à qui on doit l’excellent album bien rock « Albion » sorti en 1994).
La rage du groupe explose de nouveau dans l’engagé « Les Chars de Police » avec des paroles que n’aurait pas renié le TRUST des années 80. Igor nous gratifie d’un excellent solo de guitare dans cet excellent morceau de pur hard-rock.
Arrive ensuite un pur moment d’émotion de toute beauté : « Partir puis revenir », morceau entièrement acoustique avec quelques instruments à cordes et quelques légères percussions, et bien entendu une voix pleine de feeling. Il y a bien longtemps que je n’avais pas entendu un si beau morceau.
Cette excellente galette se termine par deux très bons morceaux : le premier est un poème de Baudelaire tiré des  Fleurs du mal  mis en musique sur  « La mort des amants »  … et cela fonctionne à merveille. Bravo !
Le second,  « Résiste »,  ne pouvait pas mieux terminer l’opus car il met en avant toutes les qualités du groupe : chant hargneux et mélodique, percussions tribales, riffs heavy et paroles intelligentes.
Ce second skeud d’ABINAYA est, vous l’aurez compris, une totale réussite, d’une grande richesse musicale mais également d’une fraicheur plus que bienvenue. Les Parisiens veulent s’ouvrir sur le monde en proposant une fusion de plusieurs courants musicaux, le heavy metal, des rythmes tribaux, la chanson française à texte et le miracle est qu’ils y sont arrivés à merveille.
Bien que sorti en 2009, je n’ai eu la chance de l’écouter que cette année, et il est sans aucun doute mon coup de cœur de 2010.

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