DEEP PURPLE : « Burn » (c) 1974

DEEP PURPLE : « Burn » (c) 1974

Burn
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Publié: 15/02/1974

La notion de temps a bien changé entre les 70s et maintenant. Prenez le nombre d’albums que pouvait sortir un groupe en 6 ans …. 6 pour Black Sabbath de 1970 à 1976, idem pour Led Zeppelin, 7 pour Kiss ….. et également 7 pour Deep Purple. Les groupes ne chomaient pas et en plus ils sortaient des albums extraordinaires quasi à chaque fois…. A l’heure actuelle les jeunes groupes produisent au moins 2 fois moins d’album sur une même période … les temps changent.
Les anglais de Deep Purple avaient révolutionné la musique et plus spécialement le hard rock avec leur « In Rock » énervé et qui montrait une musique plus violente, plus rapide tout en étant d’un niveau musical hors norme avec des musiciens véritables virtuoses. Le groupe décrocha la timbale en 1972 avec « Machine Head » et son hit « Smoke On The Water » suivi peu de temps après par un double live mythique « Made In Japan » devenu un référence en matière de live et symbolisant bien ce qu’étaient les lives de l’époque avec ces morceaux ralongés, ces solos de tous les musiciens. Il marquait aussi le début de la fin d’une époque où le groupe semblait avoir tout dit musicalement …et cela se ressentit sur « Who Do We Think We Are? » qui n’était pas au niveau de ses glorieux prédécesseurs. Pas un mauvais album en soi, mais juste moyen et montrant un groupe faisant du sur place tout en ne proposant plus de morceaux véritablement mémorables… Une certaine lassitude s’était installée et certains musiciens avaient envie de vivre autre chose et c’est ainsi que Gillan se fit la malle pour entamer une carrière solo suivi par le bassite Roger Glover qui avait en tête son disque solo « Butterfly Ball ».
Blackmore, Paice et Lord ne baissèrent pas les bras pour leur 8ème album (en 7 ans !) et recrutèrent un duo magique et improbable sur le papier, le chanteur à la voix rauque, bluesy et sensuelle à souhait David Coverdale et le bassiste chanteur Glenn Hughes à voix puissante, haute perchée et gorgée de soul et emmenant dans ses bagages des nouvelles influences musicales qui allaient révolutionner la musique de Deep Purple.
Je pense que personne à l’époque n’avait songé à un tel chamboulement .. et j’imagine la tête des fans die hard à l’époque !!! Cela avait du conduire à des discussions animées dans les pubs anglais !
Et ça commençait très très fort avec le titre « Burn » et son riff absolument fantastique entré dans la légende, le festival de Paice à la batterie et déjà ce duo au chant avec ces 2 voix si différentes mais tellement complémentaires. Le rythme est rapide, entrainant, Blackmore se fend d’un solo digne de son rang puis suit un duo guitare / clavier et dans la dernière partie du morceau une succession de soli d’orgues d’un Lord au sommet de son art … et toujours ces roulements de folie de Paice. Une véritable bombe mais rappelant le Deep Purple qu’on connaissait jusque là.
Une introduction un peu trompeuse car le reste de l’album va surprendre comme ce très bon « Might Just Take Your Life » au groove incroyable avec cette voix si sensuelle de Coverdale dans la 1ère partie du morceau … et Hughes apportant sa touche soul voire funk dans la seconde partie du morceau . Un titre qui donne envie de … danser … et c’était franchement nouveau ….quel swing ! (et encore une fois un très bon solo d’orgue hammond de Lord) . Et ce n’est pas fini pour la piste de danse … car « Lay Down, Stay Down » nous embarque dans un rock endiablé avec ce piano en fond, ces soli de Blackmore et Lord s’éclatant comme jamais tout comme ce nouveau duo de chanteurs. Le mot qui revient le plus souvent à l’écoute de ce début d’album est « fraicheur », « bon humeur » ….le genre de chose qu’on retrouvait à l’époque chez les grands groupes de funk de l’époque comme Funkadelic ou Sly & The Family Stone.
Mais nous sommes dans les 70s ne l’oublions pas et le côté psyché du groupe pointe son nez sur l’envoutant et magnifique « Sail Away » avec un Coverdale tout en retenu dans son chant avec sa magnifique voix grave, cette rythmique si riche et marque de fabrique de ce titre devenu un classique du groupe, et bien sûr Hughes nous démontrant quel chanteur exceptionnel il est. Un titre d’une beauté et d’une classe incroyable.
Le groove vous manquait déjà ? Et bien prenez donc ce « You Fool No One » et cette basse de Hughes avec ce côté funk tellement bon qu’on n’avait pas dans les précédentes incarnations du groupe. Les musiciens se lâchent sur ce rythme swinguant comme jamais, Blackmore balance un bien chouette solo et à noter l’apparition de choeurs bien appuyés et rendant parfaitement bien. Difficile de rester assis sur sa chaise à l’écoute de ce titre !
Mais là où le quintet va nous mettre à genoux, c’est avec la ballade bluesy « Mistreated » où la sensualité de la voix de Coverdale couplée à la guitare magnifique et si expressive de Blackmore nous embarquent durant plus de 7 minutes (qui deviendront 15 minutes en live lorsque Rainbow l’interpretera quelques années plus tard) … et ne pas oublier également la basse bien présente de Hughes qui s’il ne chante pas sur cette pépite marque sa présente avec sa quatre cordes finalement bien expressive également. Led Zep semblait être passé maître dans ce genre de ballade bluesy .. et bien Deep Purple leur répondait de la plus belle des manières avec ce qui reste pour moi la plus belle ballade du genre sublimée par la guitare de Blackmore qui s’enflamme sur ce final speedé. Le groupe aurait pu en rester là sur cet album tant « Mistreated » semblait définitif … mais l’envie d’innover et d’explorer de nouvelles contrées était plus forte … preuve de la très grande forme du groupe comme en témoigne cet instrumental hallucinant et halluciné « ‘A’ 200 » avec toutes ces sonorités de synthé très 70s mais durant lequel la guitare de Blackmore ne se laisse pas compter.
En 8 titres, Deep Purple avait non seulement réussi son retour avec un nouveau line-up au départ improbable mais avait surtout accouché d’un chef d’oeuvre d’une richesse incroyable, d’une impertinence tellement jouissive, d’une liberté totale et bien entendu d’une qualité peu commune. Cette renaissance du groupe anglais a marqué l’histoire de la musique, a ouvert des nouvelles portes alors guère envisageables jusque là et a démontré quel immense groupe Deep Purple était, capable de renaitre des ses cendres tel un phénix pour briller avec encore plus d’éclat. Incontournable.

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