FAITH NO MORE : « The Real Thing » (c) 1989

FAITH NO MORE : « The Real Thing » (c) 1989

The Real Thing
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Publié: 20/06/1989

1989 …. le monde changeait, la colère commençait à se faire sentir dans le monde, une volonté évidente de faire tomber des barrières émergeait avec un besoin de plus de liberté. Après des 80s bien festives, la donne évoluait également dans le monde musical et cette envie d’évolution se traduisait avec la naissance de la fusion de styles déjà commencée quelques années auparavant avec des groupes comme Bad Brains, les Red Hot Chili Peppers qui sortait ce qui reste pour moi leur meilleur album, « Mother’s Milk » ou Faith No More. Après 2 albums forts réussis, le groupe passait la vitesse supérieure après avoir engagé un nouveau chanteur, un certain Mike Patton qui allait amener le groupe américain vers les plus hautes sphères, aussi bien musicales que commerciales. Il faut dire que le bougre a du talent et pas qu’un peu, capable de chanter d’une voix suave enjoueuse pour la minute d’après crier et hurler comme un malade, sans compter sa forte personalité un peu barge et une sacrée présence scénique, bref un frontman de 1er ordre. La sortie de cet album fut grandement aidée par James Hetfied, pote du guitariste Jim Martin, n’arrêtant pas de parler de Faith No More dans la presse et portant des tee shirts du groupe dans les photos de Metallica dans la presse.
Mais c’était surtout sur disque que la révolution se passait. Les 5 musiciens avaient trouvé la formule et l’équilibre parfaits entre moments barges, expérimentations, mélodies imparables avec une énergie de chaque instant et aidés par une production impériale, claquante, dynamique et assez unique mettant en valeur chaque musicien dont cette section rythmique de fous avec le monumental Mike Bordin derrière les futs et Bill Gould à la basse si claquante, le clavier de Roddy Bottum véritable force du groupe, la guitare et riffs heavy et secs de Jim Martin et bien sur la voix de Patton qui nous en met plein les oreilles, un véritable feu d’artifices.
Comment résister à ce début d’album avec cet enchainement de 3 hits ayant marqué les 90s, tout d’abord le rythmé « From Out Of Nowhere » réussissant l’exploit de nous faire headbanguer avec ce riff de Martin et au rythme énervé tout en nous faisant chanter cette mélodie imparable de Patton prenant une voix charmeuse. Mais quel riff, et quelle ligne de clavier ayant mis sur orbite le groupe et fait de ce titre un classique du genre.
Dès le second titre « Epic », les américains mettent les choses au clair en montrant qu’ils n’ont aucune limite et qu’ils vont nous secouer dans tous les sens en nous proposant un espèce de rap metal dans les couplets et un refrain plus mélodique et avec toujours une richesse musicale de chaque instant. Ici pas de soli vertigineux mais toujours des moments musicaux tellement bien trouvés et beaux avec cette guitare rythmique se mélangeant à ces lignes de claviers superbes de Bottum. Et quel final pendant que la musique s’en va, ces quelques notes piano, que c’est beau.
Et que dire de début de « Falling To Pieces » avec cette basse au swing de fou et ce clavier arrivant doucement avant que Martin nous balance un sacré riff. La basse est à la fête sur ce titre entrainant comme pas possible, Patton adoptant une voix enjouée, rappant ici et la sans en faire trop. Encore un hit et démontrant le talent fou de compositeurs des musiciens.
« Surprise You’re Dead » débarque sans qu’on s’y attende pour une tornade thrash avec un Patton énervé criant et hurlant tel un forcené, contrastant avec le chant abordé depuis le début de l’album. Martin s’en donne à coeur joix avec une succession de riffs heavy et thrash. Quelle claque.
Faith No More aime nous faire les montagnes russes … ainsi après ce moment de violence pure, « Zombie Eaters » commence de façon très calme avec ces arpèges de guitare acoustique avec encore une fois en fond ce clavier au son si caractértistique pendant que Patton pose sa voix calme et magnifique … puis à 2 minutes, changement total d’ambiance, une basse saturée résonne, le titre part sur un faux rythme, Martin mouline des riffs pendant que Bordin nous épate avec ses roulement de toms. L’ambiance est inquiétante, pesante … la folie se fait de plus en plus présente puis à 5 minute le rythme s’accélère, le riff se veut plus heavy pendant que le chant de Patton se veut plus agressif… L’orage passe et le titre se termine de la même façon qu’il avait commencé avec cette guitare acoustique et ce clavier. Quel voyage venions nous de faire ! Mais attention, ce n’était que le début car les américains font toucher au sublime avec le joyau de l’album, le title track « The Real Thing ». Jamais le groupe n’avait fait aussi bien et jamais il n’arrivera à ré-itérer cet exploit. Pendant plus de 8 minutes, le groupe va nous embarquer dans leur monde de fous avec en chef d’orchestre un Mike Patton nous démontrant toute l’étendue de son talent, prenant tantôt une voix calme et envoutante (de crooner presque), tantot lyrique tantôt rappée ou énervée et saturée. Et sa voix suit la musique altenant passages calmes, heavy avec une dynamique de fou mais ce qui rend ce titre si fantastique est que tout s’enchaine si naturellement avec une mélodie et une accroche imparable qui nous prend aux tripes : on gueule avec Patton, on lève le poing, on ferme les yeux durant les accalmies, on est subjugué par toutes les petites trouvailles musicales, les parties de batteries de Bordin tellement riches. Un pur chef d’oeuvre.
« Underwater Love » change d’ambiance et se veut plus sautillant (arrf cette basse slappée encore une fois, quel bonheur). Ici Bottum abandonne le son de clavier des premiers titres et nous régale les oreilles avec cet orgue parfait donnant une petite couleur 70s à ce titre, difficilement identifiable, un espèce de Deep Purple mis à la sauce Faith No More. Un groupe vraiment touché par la grace qui touche à tout et le transforme en or.
Gould prend les rênes avec sa basse claquante sur le superbe « The Morning After » avec ce fameux clavier tissant une toile sonore donnant un caractère inquiétant à la musique du groupe. Patton s’en donne encore une fois à coeur joie faisant le grand écart entre des couplets mélodiques tout en étant envoutant pour exploser durant le refrain et ce final où il hurle sa folie.
Les américains osent tout et se permettent un instrumental ébouriffant, « Woodpecker from Mars » mené par cette basse slappée et cette ligne de clavier aux sonorités orientales sur un rythme énervé jusqu’à ce break envoutant et très psychédélique. Un titre bien barré mais tellement original et réussi.
Comme pour témoigner de leur attachement à la musique heavy, Faith No More nous offrait une reprise d’un monument du heavy metal, « War Pigs » de BLACK SABBATH. Alors qu’on aurait pu s’attendre à une version déjantée et adaptée à la sauce Faith No More, le quintet avait décidé de rester proche de la version originale, avec un gain d’énergie et bien sûr le talent de tous les musiciens. Le groupe montrait qu’il pouvait être aussi à l’aise dans un rap métal déjanté que dans un titre purement heavy metal.
Pour conclure ce voyage si riche en couleurs, le groupe terminait ce 3ème album de façon inattendue avec ce « Edge Of The World » aux paroles bien barrées dans une ambiance musicale …cabaret jazz avec ce piano, cette basse légère (on imagine bien Gould derrière sa contre basse) et bien sûr Patton enfilant le costume de crooner à la voix sensuelle et charmeuse .. et puis ces légers cuivres et ces choeurs à la fin du titre … du caviar qui laissait entrevoir que ce n’était que le début d’une aventure musicale qui allait nous régaler encore plusieurs années sur les albums suivants encore plus barrés.
FAITH NO MORE avait été touché par la grace au moment de composer et enregistrer « The Real Thing ». Tout est absolument parfait sur ce disque, les compositions, le son, la performance de TOUS les musiciens, avec un équilibe entre folie, originalité, mélodies, énergie et surtout une fraicheur tellement agréable. Cet album ouvrait tellement de nouvelles portes et avec tant d’aisance, offrait une nouvelle vision du hard ou de la musique métalisée. Un pur chef d’oeuvre qui n’a pas pris une seule ride.

 

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