KILLERS : « Contre Courant » (c) 1995

KILLERS : « Contre Courant » (c) 1995

Contre Courant
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Publié: 01/03/1995
KILLERS est certainement le groupe dans le paysage du hard français qui mérite le plus de respect à cause de leur ténacité depuis leurs débuts dans les 80s. Jamais le groupe n’a déposé les armes malgré de nombreuses galères et l’acharnement du sort et même s’il a pu mettre un genou à Terre, le groupe basque, et plus particulièrement leur leader Bruno Dolheguy n’a jamais rien laché. KILLERS est l’un des rares groupes français des 80s (le seul ?) à n’avoir jamais splitté et à avoir continué à enregistrer et sortir des albums (15 albums studios (ou 16 si on compte « Killing Games »), 1 EP, 6 lives) en plus de 35 ans carrière. Cela force le respect.
Mais en 1995, le groupe n’a « que » 10 ans de carrière et 5 albums studio au compteur et pourtant déjà une route bien tortueuse avec des nombreux mouvements de personnel dont le plus marquant avait été le départ de tous les musiciens du groupe après « Danger de vie » laissant Bruno seul aux commandes.
Et rebelotte à peu de choses près après la sortie du contreversé « Cités interdites » en 1992 après l’orientation engagée souhaitée par le leader pour leur prochaine galette, les 2 guitaristes et le bassiste quittent le navire obligeant Mr Dolheguy à engager un nouveau guitariste Fabrice Arnouts et bassiste Alain Garcès, la batteur Patrick Soria étant resté fidèle au poste.
Depuis 1989 et le très bon « Résistances », on avait senti la volonté des basques de lever le pied et de diversifier un peu leur musique. Alors même si l’ensemble restait fidèle à leur heavy/speed metal, certains titres étaient mid-tempo, des guitares acoustiques faisaient leur apparition pour un résultat réussi. En 1992, le groupe avait décidé de pousser le bouchon encore plus loin en rendant l’ensemble plus mélodique, avec moins de speederies et avec une production bien claquante. L’album était bon mais un poil décevant et certains fans commençaient à faire la grimace.
Ce « Contre Courant » débarque 3 ans plus tard et semble être une « réaction » par rapport à l’album précédent car il va dans la direction opposée. Plus de pochette « mystique » place à la pochette la plus engagée et provocante que le groupe ait eu avec ce timbre poste avec la Marianne assassinée d’une balle dans le front, un filet de sang coulant sur son visage. Ce visuel est un peu à l’image des chansons composant ce 6ème album de KILLERS : sans langue de bois, cru et sans concession et témoignant d’une grande colère. Et en effet jamais Bruno Dolheguy n’aura été aussi vindicatif et accusateur dans ses paroles reflétant un raz le bol d’une société corrompue par des politiciens véreux et à tendance extrémiste.
Le ton est donné dès la speederie furieuse « Ennemie n°1 » hyper accrocheuse avec un Bruno délivrant une performance vocale de 1er ordre comme sur tout le reste de l’album. Le leader basque s’en prend aux « élites » (sic) du pays qui s’en mettent plein les poches avec l’argent des pauvres gens et avec le fric de ventes d’armes douteuses et comme pour donner plus de poids à son propos, le groupe a inclus un sample au milieu du titre d’un speech de Charles Pasqua alors ministre de l’intérieur contreversé pour ses méthodes radicales et ses magouilles (il était surnommé le « Roi de l’Afrique » à cause de toutes les affaires / ventes d’armes avec les gouvernements africains). Ce 1er morceau résume parfaitement ce que le groupe va servir tout ou long de cet album, des titres bougrement accrocheurs et efficaces, tantôt rapides et énervés comme pour le génial « Morituri Te Salutant » (paroles que prononçaient, devant la loge impériale, les gladiateurs romains qui défilaient dans le cirque avant le combat) pamphlet ironique et acerbe à l’encontre des gouvernements formant des jeunes à devenir soldats aux ordres de gouvernements totalitaires pratiquant la répression. Du reste Bruno évoque « ces femmes insoumises refusant de marcher au pas » faisant certainement référence à toutes ces mères argentines ayant défilé tous les jeudi dans la capitale de ce pays d’Amérique du Sud pour protester contre la disparition de leurs enfants certainement enprisonnés ou tués par le régime totalitaire de l’époque. Bon de nombre de ses femmes courageuses furent elles mêmes enlevées et tuées par ces « soldats » censés protégés leur peuple mais faisant l’opposé. Un des meilleurs morceaux de KILLERS.
On note immédiatement l’attention toute particulière qui a été portée au chant de Bruno et à sa façon de rendre ses paroles compréhensibles avec une diction parfaite .. et heureusement tant les paroles du quatuor sont leur point fort.
« Ici Ou Ailleurs » ne fait pas baisser la pression et le tempo avec cette pédale de grosse caisse qui nous vrille les oreilles mais ici le refrain se veut plus mélodique de même que le solo de guitare.
L’une des forces de l’album est que, même si la puissance et le côté énervé du groupe sont présents, le groupe avait réussi à trouver le parfait équilibre avec un côté plus mélodique et une certaine finesse qui pouvait faire défaut aux 1ers opus du groupe ou alors fait de façon parfois un peu maladroite comme  sur « Cités Interdites ». Ici pas d’approximation et quand le groupe diversifie sa musique, il le fait avec talent comme sur le génial « Fatalité » en tout point remarquable commençant par ces arpèges de basse puis de guitares donnant au morceau un faux air de ballade avant que les grosses guitares heavy débarquent de même que le chant vindicatif de Bruno crachant ses paroles piquantes et poignantes (comment un père ayant perdu son gosse (erreur médicale, mort à la guerre) peut il arriver à retrouver un sens à sa vie et avoir confiance dans cette société ?) en oubliant jamais la mélodie .. et puis quelles parties musicales avec ces harmonies à 2 guitares suivies par cette accélération durant les soli à la mélodie superbement trouvée. Un chef d’oeuvre.
Comme pour relacher un peu de cette ambiance assez lourde, le groupe propose un titre un peu plus léger mais très réussi avec « Ethyliquement vôtre » dans un espris assez rock’n’roll .. mais façon KILLERS et donc toujours heavy avec un solo au poil de Fabrice Arnouts qui démontre tout au long de l’album son talent de soliste inspiré. Un hymne à la liberté des idées, à penser par soi même.
Chasser le naturel et il revient au galop …. « Contre-Courant » est un moment de bonheur de speed metal avec toujours une pointe de mélodie et ce côté rebelle donnant envie de lever le poing avec Bruno .
Les basques avaient déjà essayé dans le passé de composer des pièces en ambiances, des power ballades prenantes comme le génial « L’assassin » et ici le groupe touche au sublime avec « Anonyme loque » en tout point remarquable où Bruno nous surprend avec sa voix en nuances ici et là arrivant à faire passer ses émotions durant les passages les plus calmes sur fond d’arpèges de guitare acoustique magnifique pour la seconde d’après crier sa haine sur fond d’un riff heavy. Et puis quelle belle trouvaille et idée que ce 1er solo acoustique de toute beauté enchainé avec un solo électrique plus tranchant. Encore une fois, Fabrice Arnouts avait abattu un sacré bon boulot sur ce disque. Et puis quelle accélaration finale . Mon morceau préféré de l’album avec « Fatalité ».
« Résistance » revient au KILLERS énervé qu’on aime bien. C’est rapide, heavy et la musique va droit au but. Sur « Accusé » encore une fois énervé, le groupe glisse ici et là quelques breaks avec basse et guitares en son clair pour rajouter de la dynamique au morceau mais l’ensemble reste bien heavy ou plutôt hard rock avec un air du Trust du début des 80s en plus heavy. Le groupe s’amuse à inclure des samples (bruit de foule, chant d’un coq … et le fameux « je vous ai compris » du Général De Gaulle lancé lors de son discours à Alger en 1958 et perçu comme une trahison ).
L’opus se termine en beauté par l’excellent « Exécution » heavy comme pas possible et à l’ambiance glauque et lourde avec des changements de tempo fort réussis comme cette accélération durant le solo et ou ce tempo rapide durant les couplets contrastant avec ce ralentissement juste après le refrain avec ces « oohooo » glaçant et ces roulements de toms de batteries sur ce pamphlet contre la lacheté des gouvernements avec la peine de mort.
Rarement les basques n’avaient été autant inspirés car le constat est sans appel … 11 titres et 11 tueries qui nous régalent les cages à miel, durant lesquelles on prend un grand plaisir à tendre l’oreille pour savourer les paroles de Bruno qui plus de 25 ans après sont toujours d’actualité. Cet album est un peu part dans la discographie du groupe et c’est peut être ce qui fait son charme. On y retrouve la hargne musicale des débuts du groupe, la musicalité et la diversité entamée avec « Résistances » et « Citées Interdites » mais avec un dosage parfait et des titres mis en valeur par une prod et un son cru, puissant qui peut en choquer certains car on reste loin d’une prod des ténors du genre de l’époque mais justement, c’est ce qui rend ‘l’album unique, à part et non formaté. Un mot aussi sur les mélodies au chant parfaites et tellement accrocheuses tout en gardant cette urgence et cette agressivité coulant dans les veines de Bruno et ressortant dans sa voix et sa façon de chanter et d’hurler ses paroles lui tenant tellement à coeur. On est à mille lieux d’histoire de dragons ou du trip sex drugs & alcohol … Bruno Dolheguy dresse un tableau et un constat amère et au vitriol de notre société sans langue de bois, reflétant le malaise de bon nombre de français et ce décalage existant souvant entre le peuple et ceux qui nous gouvernent. C’est tellement d’actualité …
Vous l’aurez compris, « Contre Courant » est un album dont je suis archi fan, mon disque préféré de KILLERS (je sais, cela va en choquer certains !) et celui qui me parle le plus aussi bien musicalement qu’au niveau des textes.
Sans conteste l’un des meilleurs albums de hard français que je range à côté des « Métamorphose », « Rock’n’Roll Secours », « Exécution », « Esclaves du vice », « Le dernier rempart » et « Le Berceaux des Dieux ».

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