MEGADETH : « So Far, So Good… So What! » (c) 1988

MEGADETH : « So Far, So Good… So What! » (c) 1988

So Far, So Good... So What!
Catégorie:
Publié: 19/01/1988

1986 avait été une année exceptionnelle pour les nouveaux maîtres du thrash avec une moisson de fou, visez un peu : « Master Of Puppets » de METALLICA, « Reign In Blood » de SLAYER, « Peace Sells » de MEGADETH et ANTHRAX préparait à sortir la bombe « Among The Living ».
2 ans plus tard, les 4 groupes revenaient avec plus ou moins de réussite : METALLICA sortait un album plus complexe et noir qui ne plut pas à tout le monde, SLAYER ralentissait considérablement le tempo avec « South Of Heaven » (que j’adore), ANTHRAX marquait le pas et décevait un peu avec un « State Of Euphoria » un peu tiède … et la bande à Mustaine nous balançait un « So Far So Good So What » brut de décoffrage qui en décontenança plus d’un et montrait l’instabilité du groupe et surtout un Mustaine incapable de garder les mêmes musiciens d’un album à l’autre, passant de plus en plus pour un dictateur colérique un peu trop accro aux subtances illicites : exit les pourtant excellents Chris Poland et Gar Samuelson et welcome Jeff Young (guitare) et Chuck Behler (batterie), David « Junior » Ellefson restant fidèle à son commandant.
De prime à bord, beaucoup de choses ne jouaient pas en faveur de ce nouvel opus de la mega mort : déjà la pochette loin du splendide dessin de l’album précédent, la durée très courte de disque (8 titres dont 1 cover pour 34 petites minutes de musique (presque 2 fois moins long que « …And Justice For All »)), la prod / son très cru à l’inverse du son 5 étoiles de « Peace sells », la volonté de Mustaine de proposer des titres moins alambiqués qu’auparavant au profit de titres directs.
En fait, « So Far .. » s’apparentait énormément à un gros « fuck you » de Mustaine à la Terre entière, un instantané de sa colère envers le système, le monde / business de la musique et l’injustice (la mort de Cliff Burton) .. et c’est très certainement pourquoi j’ai toujours adoré cet album incompris. Cette colère, cette sincérité, cet aspect direct et sans filtre me parlent et me touchent car il n’y a pas de triche, pas d’esbroufe et on se prend claque sur claque comme ce début de malade avec l’un de meilleurs instrumentaux jamais enregistrés, « Into the Lungs of Hell » véloce et avec ces superbes lignes de guitare de Mustaine enchainé avec le furieux « Set the World Afire » .. non mais écoutez moi ce 1er riff de fou (Mustaine est sans aucun doute l’un des tous meilleurs pourvoyeurs de riffs thrash de tous les temps) . Le rouquin nous rappelle qu’il est maitre dans les changements brutaux de rythmes et de notre cassage de cou ! Et puis quel final .. de la pure furie d’un Mustaine à son meilleur niveau. Dans le genre énervé et vraiment direct, « 502 » est très bon et accrocheur avec quelques sacrées bonnes descentes de manche, « Liar » est plus lent mais avec toujours un excellent riff, une ligne vocale de Mustaine faisant mouche, l’hymne « Hook In Mouth » diatribe contre les PMRC (censure US de l’époque) montre le talent de composition du guitariste chanteur, s’amusant à changer le tempo du titre heavy et mid tempo durant les couplet et speed durant le refrain et durant l’avalances de soli des 2 guitaristes.
Pour la 1ère fois, Mustaine va emmener ses fans dans un terrain plus mélodique et plus lent pour mieux tromper l’auditeur avec 2 magnifiques titres : le 1er « Mary Jane » mid tempo avec des arpèges de guitare sur fond de riffs heavy … mais le propos change et s’énerve au milieu du titre pour finir en violente tornade Mustaine hurlant à la mort et surtout la pépite « In My Darkest Hour » dédiée à Cliff Burton, bassiste de Metallica décédé 2 ans plus tôt. Une pièce sombre et triste, avec ces arpèges de guitare acoustique au tout début avant un riff heavy de chez heavy sortant des enceintes rappelant un peu celui de « For Whom the Bell Tolls » et ces quelques licks de guitares pleureuses. On sent la tristesse et presque les larmes de Mustaine dans sa façon de chanter. L’ambiance est lourde et solennelle mais magnifique dans cette 1ère partie de chanson, Mustaine nous montrant pour la 1ère fois une nouvelle facette de sa personnalité et laissant transparaître ses émotions .. avant que le titre se mue petit à petit en speederie sauvage et énervée traduisant la rage et la colère du guitariste et ami de Burton devant tant d’injustice et de tout ce temps passé gaché alors qu’il aurait pu dire et partager tant de belles choses avec le défunt bassiste. L’un des meilleurs morceaux composés par Mustaine. 7 titres et 7 réussites dont je suis à jamais fan. Reste le cas « Anarchy In The UK » pour laquelle je joue la carte du joker car en aucun cas cette cover inutile ne doit ternir la qualité de ce fantastique 3ème album de MEGADETH.
« So Far, So Good… So What! » a été souvent mal compris par les fans qui n’attendaient certainement pas ce genre de l’album du groupe à l’époque mais il reste pour moi l’un des sommets de la carrière de Mustaine, coincé entre 2 énormes disques bien différents mais il leur tient largement la draget haute dans un style épuré, absolument pas tape à l’oeil, un album colérique avec un esprit « punk » et bien moins calculé que ce que le groupe allait produire dans le futur.
L’un de mes albums de thrash préférés, tout simplement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Rate this review