METALLICA : « Master Of Puppets » (c) 1986

METALLICA : « Master Of Puppets » (c) 1986

Master Of Puppets
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Publié: 03/03/1986

Eté 1986 … dans la région de Boulogne .. je suis en vacances chez ma marraine … Cela ne fait que quelques mois (fin 1985) que je me suis jeté corps et âme dans le hard grandement aidé par le « Live After Death » de Maiden. Juste avant les grandes vacances, les quelques copains du collège écoutant du hard me parlaient de groupes bien plus violents que Maiden, Saxon ou Accept .. et évoquaient des noms …comme Metallica .. cela m’intriguait forcément…L’une des choses qui m’avait fait succomber au hard était la puissance des riffs, les tempi rapides parfois, les chants guerriers alors savoir qu’il existait peut être une musique encore plus violente avait suscité ma curiosité. C’est ainsi que durant ces vacances j’achetais dans le grand Nord avec mon argent de poche le 33t du « Master Of Puppets » de Metallica et le ramenait chez ma marraine qui heureusement possédait une platine vinyle !
La pochette déjà mettait dans l’ambiance … on n’avait pas affaire à un album de Bon Jovi ou de Ratt ! Toutes ces croix de tombes de soldats, cette couleur rouge rappelant l’Enfer …..ne laissaient que peu de doute sur le contenu …
Comme pour tromper l’ennemi, derrière les crépitements et légers craquements du vinyle résonne cette intro acoustique avec cette mélodie simple … mais qui rapidement devient électrique avec un énorme son très heavy des guitares .. annonciateur du déferlement prochain de violence ….puis la machine infernale déboule, le quatuor de l’enfer ne prend pas de gants assainant des moulinets de riffs thrash d’une puissance et d’une vellocité incroyable qui m’étaient inconnues jusque là, un chant écorché, cru bien loin de mes standards mélodiques de l’époque, la section rythmique bastonne comme pas possible avec un son de basse étonnemment présent et atypique. Je me rappelle encore la tête de ma marraine sur ce « Battery » faisant trembler les murs de son salon me demandant d’où venait tout ce bouquant 😂 . Et pour le coup, j’étais presque autant estomaqué qu’elle par ce déferlement de puissance nouveau pour moi. Je venais de découvrir le thrash … et de prendre une claque monstrueuse qui marque à vie un jeune hardos !
Pour remettre l’album dans le contexte de l’époque, le quatuor de San Francisco était à l’aube de leur succès planétaire et tous les voyants étaient au vert. Après avoir été lancé par Jon Zazula en 1983 avec « Kill’Em All » et offert au public la 1ère galète de thrash et après avoir conquis le Vieux Continent lors d’une tournée en ouverture de Venom début 1984, les américains avaient posé les bases de leur musique à venir avec le génial « Ride The Lightning » témoignant de l’envie des musiciens de ne pas rester cantonés dans un thrash primaire et avec peu de mélodies mais au contraire une volonté d’enrichir leur musique, de faire le lien entre une musique extrêmement violente et des mélodies accrocheuses et souvent vicieuses. Ainsi un « Fight Fire With Fire » ou un « Creeping Death » cotoyaient un « Fade To Black » ou un « For Whom the Bell Tolls ». Metallica faisait sa 2nde révolution en 2 ans avec un album de génie, chamboulant les standards de l’époque et faisant aussi couler beaucoup d’encre. Toute la sphère hard se mettait à parler d’eux surtout que la bande à Hetfield revenait visiter l’Europe dont la France enfonçant un peu plus le clou et achevant de créer sa propre légende .. et maintenant leur propre pays semblait prêt à succomber à la musique des speed freaks .. et c’est ce qui se produisit avec ce 3ème album, la signature sur une major aux US leur permettant d’obtenir leur 1er disque d’or, une tournée en 1ère partie d’Ozzy Osbourne dans les plus grandes arènes US et une tournée en tête d’affiche en Europe dans des salles de plusieurs milliers de personnes. L’ascension du groupe était fulgurante et irresistible et il faut dire que les musiciens venaient de frapper très fort avec un album en tout point remarquable mais finalement très proche de « Ride the Lighning ». Certains raleurs disent qu’il s’agit d’une copie de l’album bleu (ou vert …) …pour ma part je le considère comme une confirmation de leur nouvelle direction musicale et une affirmation de leur identité. Alors oui en y regardant de plus près, ce 3eme opus reprend le même schéma que RTL : un 1er titre speed thrash, le title track épique, un titre ultra heavy au tempo lent, une power ballade finissant en cavalcade thrash, un long instrumental etc … mais le groupe proposait d’autres choses, allait plus loin dans leur démarche comme sur ces plus de 8 minutes de « Master Of Puppets », morceau à tiroirs à la fois heavy, speed, thrash avec des changements d’ambiance et de tempo mais toujours d’une humeur noire et sombre, un sens de la mélodie de plus en plus présent dans des parties de guitares sublimes .. et surtout une accroche, un riff entré dans la légende, une ligne vocale et un chant de Hetfield tellement bien trouvés, entrainant avec cette voix écorchée à fleur de peau gueulant ces « Master Master » qui allaient conquérir des légions de fans et faire un malheur en concert durant 3 décennies. Et c’est un peu la grande force de l’album … chaque piste est immédiatement identifiable, raconte une histoire à la fois grâce aux paroles d’un Hetfield déjà tourmenté et aussi musicale … comme cette ballade dérangeante « Welcome Home » clin d’oeil à « Vol au dessus d’un nid de coucou ». Le tempo est lent, les arpèges de guitares semblent poser une ambiance calme … le calme d’un asile à l’ambiance malsaine, inquiétante comme le chant de James … dont la voix gagne en harge durant le refrain en même temps que les riffs heavy se déchainent …pour se transformer en cavalcade thrash tellement jouissive .. et c’est ce qui rendait le groupe si attachant durant ses premières années … il ne faisait pas comme les autres et même leurs ballades finissaient par bastonner se terminant en tornade et d’où se dégageait une ambiance peu joyeuse. On était bien loin d’un « Home Sweet Home » !
Et puis bien entendu il ne faut surtout pas oublier la montée en puissance de Cliff Burton dont le rôle à partir de « Ride The Lighning » avait été primordial dans l’évolution de la musique du quatuor, apportant son sens de la mélodie, des arrangements et sa grande culture musicale ayant grandement influencé sur des titres comme « Master Of Puppets » et sur bien sûr sur le génial instrumental « Orion », véritable chef d’oeuvre des américains. 8 minutes d’un heavy épique, thrash dans les riffs, mélodique mené par un riff de fou et immédiatement mémorisable, ces changements de tempo tellement naturels, ces soli de Hammett au sommet de son art, ce break fabuleux tout en douceur avec cette basse de Burton si présente, ces guitares pleureuses rappelant un peu certains instrus de Scorpions des 70s, ces harmonies à 2 guitares de Heffield et Hammett véritable miel pour nos oreilles, ce solo de basse de Burton démontrant quel musicien exceptionnel il était. Durant ces 8 minutes, Metallica lachait les .. chevaux , ne s’était imposé aucune limite et avait été touché par la grace en proposant l’un des tous meilleurs instrumentals jamais composé.
Et le reste de l’album tient grandement la route rappelant ici et là le côté fonceur et thrash du goupe comme sur le féroce « Damage Inc » concluant l’album, affirmant aussi la volonté du groupe de ralentir le tempo … mais en gardant leur puissance comme sur le très lourd « The Thing That Should Not Be  » possédant lui aussi sa propre ambiance … inquiétante encore une fois, avec ce riff entêtant et bougrement heavy qui nous assomme ou sur ce « Leper Messiah » au riff néanmoins un peu plus nerveux et à la pédale de double grosse caisse d’Ulrich présente ici et là. Mais là où le groupe excellait sur ce 3eme album, c’était dans les longues pièces heavy thrash .. comme il le démontre encore une fois sur le superbe « Disposable Heroes » hymne anti guerre dans lequel Hetfield fait preuve de son immense talent de riffeur de l’apocalypse …avec des riffs hyper rapides et thrash .. enchainés la seconde d’après avec un riff lent et heavy…. quel poignet d’acier !! Cette pièce de plus de 8 minutes est une véritable chevauchée thrash nous secouant dans tous les sens, sans aucune minute de répit avec des changements de tempo soudain contrebalancés ici et là par les soli mélodiques de Hammett dont le point d’orgue est le hurlement désespéré de Helfield « I was born for dying ». Un titre un peu oublié .. mais tellement réussi et témoignant encore une fois du génie de composition du quatuor alors au sommet de son inspiration, avec une musique coulant de source malgré une certaine compléxité et dont l’écoute est aidée par une prod parfaite, certes moins crue que celle de « Ride The Lightning » mais tout aussi puissante aidé par le mix aux petits oignons de Michael Wagener.
Avec « Master Of Puppets », Metallica réussissait l’album parfait, un chef d’oeuvre absolu arrivant à marier avec un dosage si bien équilibré musicalité, mélodie avec une agressivité et une harge présente dans chaque note, produisant au final une musique unique brisant les barrières entre styles, à la fois thrash, heavy, épique et avec une facilité déconcertante et une réussite totale. Sans hésiter pour moi, il s’agit du sommet musical des américains, leur meilleur album et me concernant dans mon top 5 de mes disques préférés.
Chef d’oeuvre parmi les chefs d’oeuvres.

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