SACRAL NIGHT : « Le Diadème d’Argent » (c) 2022

SACRAL NIGHT : « Le Diadème d’Argent » (c) 2022

Le Diadème d'Argent
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Publié: 01/07/2022

C’est intéréssant de voir l’évolution musicale des groupes. Il y a bien sur celle des groupes déjà établis s’étant faits connaitre avec leur propre style et identité et qui évoluent et s’aventurent dans d’autres contrées musicales pour éviter l’ennui et pour garder la flamme, pour le meilleur … ou le pire.
Et puis il y a les jeunes et nouveaux groupes. Certains trouvent la formule dès leurs 1ères démos / albums, d’autres se lancent dans l’aventure en ayant une bonne idée de la musique qu’ils souhaitent produire mais prenant plusieurs années / enregistrements à se mettre en place. C’est ce qu’il ressort à l’écoute de la discographie des grenoblois de SACRAL NIGHT né des centres de SANCTUAIRE et méné par Florent Brunet-Manquat aka Amphycion.
Sur leur 1er EP « Darkness Process », les grenoblois nous présentaient une musique extrême avec des rythmiques black metal, certaines parties death metal (Florent joua dans Necrowretch) mais avec une volonté d’inclure des parties heavy metal sombres à la MERCYFUL FATE aidé d’un très bon line up avec Antoine Volat (Electric Shock, Silver Wind) au chant, Michael Hellström aux guitares (ELVENSTORM, LONEWOLF) et Mörkk derrière les fûts. Mais l’ensemble restait bien agressif et ancré dans l’extrême.
Leur 1er album (2019) vit un changement de musiciens, exit Antoine et Michael et se fut Florent qui prit le micro. La musique évoluait avec une volonté de l’agrémenter de plus de mélodies propres au heavy comme sur le splendide titre « Ancient Remains » mais l’ensemble restait ancré l’extrême même si moins brut de décoffrage que leur 1er EP.
Les années de pandémie ont du laisser le temps au leader du groupe pour définir et concrétiser la prochaine étape à atteindre par SACRAL NIGHT, la prochaine marche à gravir et le moins que l’on puisse dire à l’écoute de ce 2nd LP, c’est que ce n’est pas une marche mais 2 ou 3 marches que les musiciens ont enjambé .. et haut la main tant ce « Le Diadème d’argent » est d’un niveau incroyable et une sacrée mue par rapport à ses prédécesseurs.
Une nouvelle fois, changement de musiciens, avec le retour d’Antoine au chant et l’arrivée d’ Aymeric Mallet à la guitare solo , fantastique guitariste dont on avait pu apprécier l’immense talent au sein de SILVER MACHINE (live) et STONEWITCH. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ces 2 musiciens et leur implication dans cet album se ressent et apporte énormément dans la musique composée par Florent : Antoine n’adopte presque plus le chant agressif du 1er EP et assume pleinement sa spendide voix claire et puissante, poussant ici et là des cris à la King Diamond, Aymeric illumine les morceaux des ses diverses interventions de 6 cordes, mélodies et soli bougrement inspirés, toujours mélodiques et avec feeling. Les musiciens ont été également impliqués dans les arrangement des morceaux et c’est certainement ce travail de groupe avec tous les musiciens impliqués qui ressort de chacune des 9 pièces composant cet opus. La musique se base toujours sur un socle rythme en béton armé avec la basse de Florent, la batterie de Mörkk et les riffs de Marc Crapüd toujours black metal dans l’âme à la DISSECTION mais les guitares se veulent cette fois ci plus mélodiques, le chant d’Antoine est toujours mélodique et on note ici et le travail accompli sur les parties vocales avec les voix doublées ou triplées rajoutant une côté très théatral aux morceaux comme sur le magnifique « L’archange aux yeux de feu » (cette voix féminine vers la fin du titre et ce vieux orgue Hammond ) et quels soli d’ Aymeric !
Ce qui frappe de suite est bien évidemment le nouveau choix de chanter en français .. et je ne le cache pas, j’adore et je dis un grand ouf de soulagement, car ce genre de musique gagne tellement en personnalité chantée dans la langue de Molière et permet à nos groupes de s’éloigner de la grande majorité des groupes actuels chantant en anglais, quelque soit leur pays d’origine. L’anglais se prête très bien à la musique, c’est un fait .. mais en terme d’originalité, on a vu mieux. Le français donne une coloration spéciale et tellement attachante. On a pu s’en rendre compte dans les 80s avec les SORTILEGE, VULCAIN, BLASPHEME, un peu plus tard avec les géniaux MALEDICTION. et récemment avec TENTATION, HERZEL et maintenant SACRAL NIGHT.
La grande force du groupe sur cet album, c’est d’avoir réussi à garder ce côté extrême dans la section rythmique mais apportant aux morceaux une sacrée accroche mélodique qu’on ne trouvait que de façon éparse dans leurs précédents disques, et aussi cet aspect théatral nouveau et se mariant à merveille à cette nouvelle direction musicale et artistique choisie par les musiciens. En parlant de ce côté théatral, impossible de passer sous silence ce « Par-delà les lueurs sépulcrales » glaçant digne d’un film d’horreur, avec ces quelques notes de piano, ces quelques percussions et surtout ces 2 voix (1 masculine et l’autre féminine) très « opéra » chantant des paroles maléfiques . C’est étonnant mais collant tellement bien à l’ambiance de l’album.
Cette accroche mélodique nouvelle pour le groupe est flagrante sur ce « Les Miroirs de la Lune » qui en moins de 4 minutes nous éblouit et nous charme avec ses mélodies de guitare, ce chant d’Antoine au sommet de sa forme vocale et aussi dans une interprétation parfaite et cette descente de manche de 6 cordes d’Aymeric enrichissant merveilleusement la musique. Mais quel titre !
« Conquerant des lumières » est également un sacré hit avec cette fois ci une rythmique plus véloce qui peut rappeler les titres les plus heavy de TENTATION. Impossible de résister à ce refrain, avec en fond un léger clavier.
Le title track « Le Diadème D’argent » se veut encore plus speed avec une rythmique typée black si chère au groupe mais la ligne de chant et ce refrain aux voix doublées mettent la mélodie au 1er plan rendant ce morceau immédiatement accrocheur. Ce titre est le parfait résumé de la musique proposée en 2022 par SACRAL NIGHT, ce mélange d’extrême et de heavy metal mélodique sombre et thétral, une formule assez unique et en tout point maitrisée.
Le groupe se rappelle à ses 1ères amours avec le radical « Une Dernière Etoile avant Sirius », furieux et rappelant les 2 premiers opus.
Le côté heavy prend quelque fois le dessus comme sur le magnifique « La Seconde élégie d’un ange » qui rappelle le meilleur des 80s comme un SORTILEGE pour le côté heavy, mélodique et épique mais ayant fait un séjour prolongé dans les pays nordiques en stage dans la neige et dans les contrées aux journées noires sans Soleil . Ce titre est absolument magnifique, avec un festival de guitare d’ Aymeric encore une fois , ces riffs heavy à souhait et Antoine nous embarquant avec sa voix dans le voyage d’un ange à l’étole argentée.
Sur quasi tous les titres, on ressent l’envie du groupe d’enrichir leur musique et les musiciens y arrivent à merveille, sans jamais trop en faire et seulement pour coller à l’ambiance des morceaux comme ce léger piano et aussi synthé sur le très réussi « Prétresse de l’Atlantide », se fondant au milieu des riffs heavy .
Le groupe se permet également un morceau plus calme « L’ode infinie », enfin, tout est relatif, je ne parle pas d’une berceuse ou d’un slow mielleux, mais plutôt une pièce à l’ambiance assez torturée, avec seulement cette guitare électrique et le chant d’Antoine durant les couplets mais avec le reste du groupe débarquant durant le refrain et envoyant la sauce. On retrouve ici et là des choeurs mystiques et on peut saluer la performance vocale d’Antoine fantastique. Quel « grand » chanteur, dans tous les sens du terme 🙂
En 36 petites minutes, SACRAL NIGHT est arrivé à la formule parfaite et il faut bien le dire, assez unique dans le paysage musical actuel, en allant au bout de leur mue artistique avec un album en tout point remarquable, aussi bien dans la musique variée, heavy et accrocheuse composée par Florent, avec un côté théatral ici et là assumé donnant une sacrée personnalité à ce heavy sombre matiné de parties rythmiques black metal, des paroles magnifiquement écrites et poétiques interprétées par un Antoine impérial.
Et pour ne pas gacher notre plaisir, la pochette du 33t est splendide. Le label No Remorse Records ne s’est pas trompé et a eu le nez creux de signer les grenoblois, leur permettant d’avoir une plus grande exposition, et c’est franchement mérité.
L’un des meilleurs albums sortis ces dernières années, tout simplement.

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