SORTILEGE : « Métamorphose » (c) 1984

SORTILEGE : « Métamorphose » (c) 1984

Métamorphose
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Publié: 04/02/1984
Il y a des come-back qu’on espérait plus, de groupes ayant marqué notre enfance, faisant partie de ces formations légendaires ayant laissé derrière eux des chansons, une musique, une image à jamais gravées dans nos mémoires de hardos et ayant inspiré tant de musiciens. Sortilège en est le meilleur exemple. Malgré une carrière très courte, imaginez … 3 petites années de 1983 à 1986, les parisiens ont laissé derrière eux 1 EP et 2 albums absolument magnifiques, certainement ce qui s’est fait de mieux en terme de heavy metal cocorico. Notre Iron Maiden / Judas Priest français à nous, avec un chanteur tenant la dragée haute à Dickinson et Halford, des musiciens inspirés avec notamment un Stéphane Dumont à la fois compositeur de génie et soliste tellement inspiré, un chant en français avec de paroles nous faisant voyager. Le groupe avait réussi à se faire une grande place dans le paysage musical de ce milieu des 80s en imposant une grande personnalité, une identité dans laquelle des dizaines de milliers de hardos s’étaient reconnus. Et cette image forte a duré, est restée aussi présente au fil des décennies, traversant mêmes nos frontières (Chuck Schuldiner leader de DEATH portait fièrement lors des concerts du groupe un tee shirt de Sortilège offert par … Zouille !!). Pour fréquenter les fans de hard à l’ancienne depuis .. toujours, il m’est arrivé souvent de voir un groupe de hard français reprendre le hit « Sortilège » en fin de concert .. chanté en coeur par le public connaissant toutes les paroles, ou alors que des titres du groupe apparaissent dans des playlists de soirées dédiées au hard. L’héritage du groupe a toujours été bel et bien présent chez les hardos français.
Depuis 2017, la donne a changé et on sentait .. et espérait tous en silence le retour de l’Enfant prodigue … avec des signes avant coureurs comme le tribute Sortilège ayant joué au Fall Of Summer et embarquant des membres du groupe sur quelques titres. Et puis il y a eu des rumeurs d’un concert secret à Grenoble auquel Zouille aurait participé … et enfin, la nouvelle de son retour fut officialisée avec l’annonce de la participation du groupe au Keep It True .. Le groupe était bel est bien de retour pour la plus grande joie des fans, dont la plupart n’avaient jamais eu la chance de voir le groupe en live !! Et le groupe enchaina avec ses 1ers concerts en France au Pyrenean Warriors Open Air, au South Troopers Festival et au Festival Metal Vouziers. La légende était bel et bien de retour, une occasion pour ré-écouter leurs disques dont ce « Métamorphose » absolument dentesque. Le groupe sortait d’une année 1983 chargée, avec la sortie de leur 1er EP qui fit l’effet d’une bombe et précipita le groupe sur le devant de la scène hard héxagonale … qui en avait bien besoin. La 1ère vague de hard tricolore s’essouflait, avec un Trust et un Warning en perte de vitesse et ne faisant plus l’unanimité … alors autant dire que ce 1er EP trouva son public en France (le groupe décrocha la 1er partie de Def Leppard au Bataclan !!) mais ausi en Allemagne qui accueillit le groupe les bras ouverts (le groupe partit en tournée en ouverture des allemands de Viva (groupe de la soeur des frères Schenker). La sauce prenait, on retrouvait des titres de Sortilège sur toutes les compilations hard de l’époque .. mais malgré ce succès évident, les maisons de disques françaises restaient frileuses (les derniers Trust et Warning n’ayant pas vendu comme leurs prédécesseurs) .. et le groupe dut partir en Allemagne pour enregistrer « Métamorphose » qui vit le jour en 1984. Et les « promesses » faites sur le 1er EP furent largement tenues tant ce 1er disque longue durée est réussi, transformant l’essai haut la main. Pas un seul titre faible et au contraire les 9 titres sont autant de joyaux du metal le plus précieux.
Ca démarre à 100km/h avec le heavy et rapide « D’ailleurs » . On est immédiatement happé par le riff de Dumont et bien entendu par la voix unique de Christian Augustin « Zouille » qui impressionne déjà. Et la section rythmique n’est pas en reste avec Jean Philippe Dumont « Bob Snake » martelant ses futs comme un damné soutenu par Dany Guitare « Lapin » à la basse et Didier Demajean « Dem » à la guitare rythmique.
Zouille montre quel chanteur exceptionnel il est sur un « Majesté » fantastique, mid tempo tellement accrocheur dont il est difficile de ne pas chanter / hurler les paroles, et puis ce riff tellement bien trouvé … et ces soli ébouriffant de dextérité mais toujours mélodiques de Stéphane Dumont .
La grande force du groupe est qu’il place le niveau musical très haut mais surtout cela est fait pour servir les compos toujours si accrocheuses, inspirées et originales. Sortiège avait réussi à poser sa griffe dès ce 1er album. Ecoutez donc ce « Hymne à la mort » étonnant dans sa structure .. démarrant calmement avec des arpèges de guitare avec un Zouille nous en mettant plein les oreilles, puis cassure avec un riff heavy et sabbathien puis le titre démarre se montrant inquiétant et heavy en diable, puis changement de rythme avec une cavalcade mené par un riff rapide et un déluge de soli tellement bons et un Zouille en état de grace. Quel chef d’oeuvre que ce titre !
Le groupe montrait un nouveau visage avec ce titre, sa facilité et son talent à écrire des pièces épiques avec des changements de rythmes d’une efficacité redoutable … et c’est encore le cas sur « Délire d’un fou », mon titre préféré du groupe tout simplement. Cette fausse balade nous caresse durant les couplets tout en dérangeant avec ces paroles chantées merveilleusement bien par un Zouille habité par ce personnage fou, pour balancer ensuite la sauce durant le refrain avec un riff heavy .. et puis cette performance vocale hallucinante de Zouille avant et pendant le solo de Dumont qui fera perdre la voix à bon nombre de fans essayant de suivre le chanteur ! « Le Monde entier à ma boottttttttteeeeeeeeeeeeee ! ».
Mais le groupe est toujours aussi à l’aise sur les brûlots heavy et rythmés comme ce « Légende » avec encore une fois la patte du groupe unique avec un refrain dont seul Sortilège a le secret, ou ce speed « Civilisation Perdue » entrainant en Diable (avec cette intro que n’aurait pas renié un certain Eddie Van Halen !). Déluge de riffs, de soli, de chants de la Voie Lactée !
Et rien ne semblait arrêter le groupe qui n’avait pas peur d’inclure un instrumental à ce 1er album, le superbe « Nuit des limbes » démontrant le talent des musiciens dont un Stéphane Dumont en chef d’orchestre et dont la guitare brille de mille feux tout en assénant des riffs heavy au possible. Maiden avait leur « Transylvania », Sortilège leur « Nuit des limbes ».
Ce 1er LP se termine de la plus belle des façons avec « Le Cyclope de l’étang » magnifique démarrant sur des roulements de toms de Snake du plus bel effet. Ce mid tempo heavy conjugue toutes les qualités du groupe avec encore une fois un Stéphane Dumont éblouissant de virtuosité, un refrain excellent avec en fond des légers choeurs bien sentis, puis ce break avec un Zouille en trance avec ses hurlements rappelant un certain Rob Halford. A noter que ce titre était apparu en 1983 sur la compil « Metal Warriors » dans une version différente.
Ce chef d’oeuvre des français se termine par le title-track, « Métamorphose » des plus réussi, avec pour la 1ère fois une guitare acoustique durant l’intro bien trouvée. Puis le riff heavy lance le titre porté par le chant et la voix de Zouille au sommet de son talent .. et puis ce refrain efficace, et toutes ces petites interventions de la guitare de Dumont qui lui avait valu à l’époque l’étiquette de E.Van Halen français, et ce n’était pas usurpé ! Et pour conclure, quel final endiablé pour ce titre où tout s’accélère, avec ces choeurs magnifiques et inquiétants et Dumont qui nous éblouit de son talent avec un déluge de soli tellement bons.
Oui, Sortilège venait de sortir l’album parfait, un chef d’oeuvre de heavy metal, de hard .. peu importe l’étiquette en fait … un disque unique destiné à marquer l’histoire du rock, d’une inspiration folle et ayant une VRAIE identité (ce qui fera défaut à bon nombre des autres groupes français de l’époque), un sens du riff inégalable et un chanteur à la voix d’or exceptionnelle. Les paroles ancrées dans le fantastique et l’horreur rajoutaient à ce caractère si spécial de ce 1er album et que dire de cette pochette finisant de parachever la légende d’un album devenu une référence du rock dur français, idolatré à l’étranger et que personnellement je mets juste à côté d’un « Powerslave » ou d’un « Defender Of The Faith ».
Meilleur album de hard français, sans hésitation .. mais pas que … pour moi sur le podium des meilleurs albums de hard 🙂
CHEF D’OEUVRE !

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