THE LOSTS : « Mystery Of Depths » (c) 2021

THE LOSTS : « Mystery Of Depths » (c) 2021

Mystery Of Depths
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Publié: 07/05/2021
Ce qui a de bien avec une passion telle que la musique, c’est que nous sommes comme des gamins le matin de Noël devant le sapin découvrant avec ce même émerveillement année après année ses cadeaux posés autour de ses souliers. Cela fait bientôt 40 ans que la musique est entrée dans ma vie et dans mon monde et jamais mon amour pour les riffs heavy et les hymnes de hard n’a décliné et bien au contraire, jamais il n’a été aussi fort. Tous les mois je découvre des groupes, des albums qui m’enchantent et caressent mes oreilles. Il est vrai que j’ai un fort penchant pour le hard et le heavy puisant ses origines dans les 80s et pour mon plus grand bonheur, des wagons de très bons groupes récents proposent cette musique … mais peu finalement s’essaient à mélanger leurs influences 80s à des sons plus récents et plus extrêmes. Il faut dire que l’exercice n’est pas simple .. certains s’y sont essayés et se sont cassés les dents.
The Losts ne fait pas partie de ceux là … bien au contraire et leur 2nd album « Mystery Of Depths » sorti en mai 2021 est le témoignage en musique qu’un heavy metal old school peut se montrer bougrement original et intégrer d’autres influences plus extrêmes sans que cela ne choque et que bien au contraire, cela coule de source. Après un 1er EP au son très garage mais avec des titres montrant déjà le talent de composition de Yann et d’interprétation du quatuor, les nordistes avaient sorti un excellent 1er disque longue durée « … Of Shades & Deadlands » en 2016 sur lequel le groupe affirmait sa volonté de brouiller les pistes ou plutôt d’enrichir sa musique, de surprendre l’auditeur en ne perdant jamais de vue cette accroche rendant les titres mémorisables (l’excellent « Freewings Are Burning » (sympa la clin d’oeil à JUDAS PRIEST 😉 ). Mais on sentait que le groupe se cherchait encore, et devait encore progresser et aussi améliorer leur prod / son, un peu légère sur ce disque je dois avouer. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que THE LOSTS a mis à profit ces 5 années de « silence » radio pour peaufiner leur 2nd opus, pour affirmer leur identité musicale et mettre tous les atouts de leur côté pour produire un album irréprochable … et c’est mission accomplie haut la main. 1 seule écoute permet déjà de se rendre compte des progrès effectués à tous les niveaux. Ce qui saute aux oreilles est le son. Mais quelle différence et quel upgrade grace au travail de Phil Reinhalter derrière la console ! A la fois puissant, claquant et avec une certaine sécheresse collant parfaitement à la musique souvent sombre du groupe, une mise en valeur de chacun des instruments dont cette basse très ronflante qui me régale et bien sûr ces riffs surpuissant, le plaisir auditif est total ! On se rend rapidement que THE LOSTS est un hydre à plusieurs têtes mais facilement amadouable .. et c’est ce qui m’a de suite plu dans cette musique barrée et sans frontière. L’exercice pourrait se montrer casse gueule mais la qualité des titres et leur accroche évidente m’ont rapidement fait adhérer à cette musique multifacettes. Ca commence pied au plancher avec cette speederie metal « Tattoo The Child » ayant un p’tit air de Priest et brougrement addictif avec la double pédale de grosse caisse de JCR nous vrillant les oreilles. On note le gros travail fait sur les arrangements vocaux comme sur le refrain avec plusieurs pistes vocales du plus bel effet, et ici et là les cris thrash balancés par DGC et black par JCR. Une petite mélodie de guitare JCR nous caresse les oreilles avant un magnifique solo montrant la virtuosité du six (sept !) cordistes.
« The Priests Control » est lancé par un riff mamouth heavy sur un tempo plus lent et lourd à la « For Whom The Bells Toll » mais la doube pédale se fait entendre ici et là. Le morceau nous casse la nuque car nous incitant à secouer la tête sur ce riff saccadé et très puissant. Le rythme s’accélère légèrement durant un solo où DGC nous éblouit de ses lignes mélodiques et d’une sacrée fluidité …avant ce final en véritable tornade thrash avec ce chant black de JCR, ces riffs speed. L’art de passer d’un heavy limite doom à une speedie thrash démoniaque en moins d’une minute et il est vrai que l’ombre du MANILLA ROAD de The Shark plane sur ce titre nous rappelant l’époque de « The Deluge » ou « Mystification ». Et ce voyage tourmenté ne fait que commencer … accrochez vous car « Until The End » va vous mettre sur orbite à coup de mandales sans retenue ! Ecoutez moi ces couplets marqués au sceau de diable avec ce chant typiquement black crachant son venin … et bim la voix claire mélodique de YGC tente de nous amadouer durant ce refrain sur fond de batterie hyper speed très black dans l’âme. Ce brûlot nous balance dans tous les sens mais reste tellement accrocheur qu’on ne perd jamais le fil .. et que dire ce cette partie instrumentale toute en contrastes sur ce rythme hyper rapide sur lequel une magnifique mélodie de guitare est posée tandis que PPG tricote un ligne de basse bien sentie. Vous êtes toujours en vie ? Besoin d’une petite accalmie pour vous remettre de vos émotions ? Et bien « A Path To Arabia » arrive à point nommé pour reposer vos oreilles et vos cervicales .. et que c’est beau. Une petite minute envoutante avec cet Oud, instrument à cordes traditionnel et ce clavier en fond nous plongeant dans les temps anciens au Moyen Orient. Ce qui frappe tout au long de l’album est l’application qu’a eu le groupe afin de rendre chaque titre unique, d’une grande richesse et immédiatement reconnaissabe. Difficile de ne pas succomber à ce « In The Steam Of Opium » aux paroles pour le moins enfumées et à la musique aguicheuse avec d’entrée de jeu un riff heavy, doom et lancinant soutenu par cette basse vrombissante, ce chant de YGC ayant ici un côté théatrale (tout comme ces backing-vocals durant le refrain) , ces quelques voix féminines mystiques rajoutant au côté halluciné de la musique comme pour mieux coller aux paroles. Le tempo devient plus enlevé durant une partie instrumentale avec ces harmonies de guitares et ces quelques notes au son étonnant de guitare de DGC.
Vous voulez un hit ? « Write My Name In The Light » se veut être l’un des titres les plus accessibles de l’album avec un refrain imparable mais attention la musique de THE LOSTS reste toujours unique comme ce break avant un solo encore une fois parfait de DGC avec quelques descentes de manche pas piquées de vers ! L’interlude « Revelation Of The Losts (feat. Orpheon Of The Losts) » est étonnant avec ces chants aux choeurs soutenus hyper accrocheurs. Le groupe n’a pas fini de nous faire voyager comme en témoigne « Inner Wounds » avec son intro calme avec ces arpèges de guitares légèrement orientales avant que le titre s’emballe et parte en tornade thrashisante rappelant MEGADETH (cette ligne de chant durant les couplets) avant un refrain inquiétant avec ces choeurs glaçants. Le rapprochement avec le groupe de Mustaine se fait également avec ces différentes cassures rythmiques .. et que dire de ce break mélodique magnifique à 3min durant lequel la guitare de DGC nous régale les oreilles, tout en toucher et mélodique. Un titre vraiment très bon et ébouriffant. Après 30 premières minutes pour le moins heavy et nous ayant bien secoué, THE LOSTS calme le jeu le temps d’une superbe power ballade « The Drug I Miss » belle à pleurer. Cela commence par le bruit léger de vagues, des arpèges de guitares sur lesquels vient se poser un belle mélodie de guitare. Ce début me rappelle un peu celui de « One » de METALLICA. La voix de YGC est posée avec ici et là son écho, dégageant beaucoup d’émotions et une grande mélancolie. Les guitares heavy arrivent à la moitié du titre pour soutenir cette ballade magnifique avec dans le fond des instruments à cordes .. puis tout s’accélère brutalement durant le solo mélodique et gorgé de feeling. La performance vocale de YGC est poignante sur cette ballade heavy qui pourra nous rappeler un « Tears Of The Dragon » de BRUCE DICKINSON ou certaines power ballades d’ ICED EARTH époque Matt Barlow. Magnifique titre.
Le quatuor ouvre de nouveau la poignée de gaz en grand sur l’envoutant, mystique mais heavy en diable « Mystery Of Depths » sur lequel l’ombre de MANILLA ROAD plane encore une fois pour notre plus grand plaisir avec un côté oriental dans les interventions guitaristiques de DGC. Et le voyage oriental n’est pas terminé et se poursuit sur l’inquiétant « Pharaoh’s Curse » avec au début ce côté rampant avec ce riff heavy soutenu toujours par cette basse, puis une mélodie enjoleuse nous caresse les oreilles avant qu’une voix d’outre tombe nous glace le sang. Puis le tempo s’accélère un temps avec toujours une mélodie sentant le sable mais aussi le MERCYFUL FATE de « Melissa ». Ce titre nous balance dans tous les sens, le tempo ralentit, s’accélère sans cesse, des mélodies déboulent sans crier garde avec toujours ce fil rouge nous plongeant en pleine Egypte. Une pièce unique vraiment réussie démontrant tout le talent d’un groupe capable de nous surprende tout en nous embarquant dans un voyage turbulent mais passionnant. Cette épopée métalique se termine par un morceau de bravoure heavy et épique à souhait hommage aux héros français (dont Philippe Callipel dont la lettre poignante et glaçante est lue en fin de titre, racontant l’horreur et la débacle à Dunkerque et sur ses plages) et alliers morts sur les plages de Dunkerque en 1940 lors de leur évacuation pour regagner l’Angleterre et préparer le débarquement quelques années plus tard (un sujet commun abordé aussi par IRON MAIDEN sur leur magnifique ballade « Darkest Hours » sur « Senjutsu »).
Mais quelle énorme claque …. voilà ce qu’il ressort de cet album vraiment étonnant, riche et d’une efficacité redoutable .. car sa principale force est qu’on ne s’ennuie pas une seule seconde à son écoute. La musique de THE LOSTS nous embarque, nous fait voyager tout en nous secouant et nous malmenant quelques fois avec le sentiment d’écouter quelque chose d’unique, barré et donnant irrémédiablement envie de ré-écouter une fois la dernière piste terminée. Que de progrès depuis leur 1er album des nordistes .. et à tous les niveaux. J’apprécie le gros travail fait sur les voix dont le chant de YGC moins théatrale qu’auparavant .. ce que j’apprécie.
Un disque qui fait un bien fou dans le paysage musical actuel, montrant que la mixité des styles est possible si ceux ci sont bien digérés et mis au service de compositeurs de talents et débordant d’idées inspirées. THE LOSTS a trouvé son identité pour notre plus grand plaisir en nous offrant l’une des meilleures galettes sorties cette année. Bravo !

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