U.D.O : « Faceless World » (c) 1990

U.D.O : « Faceless World » (c) 1990

Faceless World
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Publié: 25/02/1990
S’il y a une chose qu’on ne pourra jamais enlever à Udo Dirkschneider, c’est sa foi inébranlable dans le heavy metal. Jugez plutôt : 10 albums studios avec ACCEPT et 18 albums avec son groupe U.D.O sans compter les EP, lives et autres participations ici et là et le grand nombre de concerts donnés durant ses plus de 40 ans de carrière. Et les 10 premières années dans le monde musical du hurleur allemand ont été de loin les meilleures avec déjà ses albums avec ACCEPT qui s’étaient terminés avec le très bon (et sous-estimé) « Russian Roulette » en 1986 … et dès l’année suivante et finalement très peu de temps son départ du groupe allemand, il sortait son 1er opus sous le nom d’U.D.O « Animal House » composé par ses ex-copains … Allez comprendre la logique … mais en tout cas, ce disque était une réussite. Souvent critiqué, j’en reste un fervent défenseur. Sans perdre de temps, le rouquin enchainait avec « Mean Machine » l’année suivante et il s’agissait pour le coup du 1er véritable album composé par ses musiciens. Il en résultait un très bon disque de heavy / speed metal dans la grande tradition du Accept des 80s et qui montrait qu’Udo n’avait pas menti lors de son départ en disant qu’il souhaitait continuer à faire du pur heavy et non chanter sur du matériel plus léger vers lequel la bande à Hoffmann voulait aller. Et effectivement, l’écoute de « Eat The Heat » (1989) traduisait le virage hard rock US emprunté par Accept, même si le disque comportait encore quelques brûlots dignes des premières années du groupe. Même si globalement réussi, cet album sentait la compromission et une partie de l’âme de ce groupe légendaire s’envolait. En réponse à ce constat peu à l’avantage de ses anciens compagnons d’arme, on était en droit d’espérer un nouveau brûlot heavy de la part d’U.D.O et dans la continuité de ses 1eres galettes. Et bien le blondinet nous prit tous de court en sortant un « Faceless World » étonnamment mélodique, diversifié et finalement bien moins heavy qu’ « Animal House » et « Mean Machine ». Udo voulait étonner son monde et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y était parvenu ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, Udo et ses musiciens avaient réussi un véritable exploit avec un disque sans faute, d’une grande richesse musicale, avec des arrangements jamais entendus jusque là sur un album d’Udo, avec des sonorités nouvelles. Le groupe se renouvellait grandement aidé par l’arrivée de Stefan Kaufmann (ex batteur … d’Accept) derrière la console et ayant également participé à la composition des titres. Jamais UDO n’avait eu une telle production, claquante, lumineuse et elle collait parfaitement à la musique proposée par UDO sur ce disque, moins foncièrement heavy metal avec bon nombre d’incursions dans un hard rock racé et classieux.
Le 1er morceau « Heart Of Gold » résume cette orientation et le UDO millésime 1990. On découvrait un Udo capable de moduler sa voix, l’inclusion d’un clavier léger dans le fond, un gros travail effectué sur les choeurs et bien sûr un sens du riff imparable de Mathias Dierh (arrf cette ligne de guitare !!), des arrangements aux petits oignons comme ce break magique avec cette guitare acoustique donnant une belle dynamique à ce titre enchainé avec un sacré bon solo de guitare de Mathias Dierh toujours mélodique. A noter qu’il était le seul guitariste sur l’album et c’est peut être pour cela que sa présence est si importante ici et qu’il s’est laché avec plein de sonorités de guitares différentes, plein de bonnées idées.
ll faut bien avouer que cette face A est une tuerie comme ce hit « Blitz Of Lightning » au choeurs appuyés et cette mélodie si accrocheuse nous ramenant au meilleur de « Russian Roulette », au heavy rythmé « System Of Life » dont le riff au début rappelera à certains celui du « Princess Of The Night » de Saxon. UDO montrait qu’ils savaient toujours faire parler la poudre … mais de façon différente et encore une fois, le jeu lumineux et énergique de Dierh couplé à la prod de Kaufmann donnaient une couleur plus hard rock que purement heavy metal. Mais là où les allemands frappaient un grand coup, c’était en proposant un titre fabuleux, « Faceless World » montrant que l’équipe voulait explorer un heavy plus classieux, moins terre à terre avec l’incorporation d’un clavier qui se fait bien entendre durant le refrain, ces guitares acoustiques dans l’intro et puis ce refrain fantastique avec ces choeurs puissant avant qu’un break étonnant survienne suivi d’une belle série de descentes de manche de six cordes de Dierh. 6 minutes d’un heavy passionnant et nouveau pour Udo qui proposait des nouvelles choses formidablement mises en musique. Et ce n’était pas fini comme on le découvrait avec l’intro très Van Halen à la guitare de Dierh sur le très bon « Stranger » qui se veut être un titre très mélodique avec une nouvelle fois la présence de claviers mais jamais au détriment des riffs de guitare. La grande force d’Udo sur cet opus était d’avoir réussi à rendre sa musique plus mélodique mais sans jamais perdre son âme. Quand je vous parlais de l’importance de Dierh sur ce disque, écoutez cette intro à la guitare une nouvelle fois sur le brûlot rapide et heavy « Restricted Area ». Quel riff et quel refrain avec ces choeurs faisant mouche encore une fois (à noter que ce titre n’était présent que les versions K7 et cd, pas sur la version vinyle, tout comme « Born To Run »).
Après une telle face A en tout point irréprochable et d’une grande qualité, on était en droit de se demander si le groupe allait être capable de maintenir un tel niveau. Et bien … presque ! En effet on peut noter un « Born To Run » un peu moins inspiré … mais les autres titres sont des franches réussites, comme ce « Living On A Frontline » bien jouissif nous rappelant lorsque ACCEPT se la jouait AC/DC de temps en temps sur « Metal Heart » ou « Russian Roulette » voire même sur « Breaker ». Un morceau donnant envie de taper du pied avec Dierh encore une fois éblouissant, et puis ce petit break à la AC/DC / Van Halen avec Udo prenant une voix clean étonnante et enjoueuse. Un très bon morceau .. étonnant.
Dierh nous régale encore une fois avec ses licks de guitares démarrant « Trip To Nowhere », puis son touché tout en subtilité durant les couplets .. le jeune guitariste laissait libre court à sa créativité et sans aucune limite pour le plus grand bonheur de nos oreilles. Un titre très mélodique me rappelant un peu le Van Halen de la grande époque ici et là, avec des choeurs très soignés (la grande force ce cet album et qu’on ne retrouvera plus à ce niveau par la suite). Et puis régalez vous sur le solo tout en feeling de Dierh. Après cette escapade mélodique, UDO change de braquet et balance une speederie sauvage « Can’t Get Enough » digne du grand Accept menée la double grosse caisse de Stefan Schwarzmann à la fête et des riffs de guitares tranchants.
« Unspoken Words » nous rappelle qu’Udo a toujours été maître dans les ballades poignantes et inspirées. On se rappelle avec Accept des magnifiques « Can’t Stand The Night », « Winter Dreams » ou en solo avec « In The Darkness ». Ici ce titre atteint sans forcer le niveau de ces classiques avec ce début beau à pleurer porté par ces guitares acoustiques, la voix claire et mélancolique d’Udo. Puis la section rythmique fait son apparition tandis que la voix d’Udo gagne en puissance, la guitare devient électrique, cette progression débouchant sur un très bon refrain Udo reprennant sa voix erraillée caractéristique. Quelle belle montée en puissance dans cette superbe power ballade et encore une fois un festival de soli de guitare tellement beaux de Dierh.
La fin de ce 3ème album d’UDO arrive et se termine avec le très réussi « Future Land » dont le riff nous rappelle fortement le meilleur d’Accept lorsque que les allemands pondaient des très bons mid-tempi (le riff me rappelle un peu celui de « Princess of the dawn »).
Il n’y a pas à dire, UDO avait frappé un très grand coup avec ce « Faceless World » d’une telle richesse musicale et mélodique, arrivant à nous surprendre tout en nous enchantant à l’inverse d’un « Eat The Heat » qui avait déçu son monde. Un album d’une grande classe sublimé par le talent d’un jeune guitariste, Mathias Dierh, n’ayant rien à envier à Wolf Hoffmann. Sans hésiter le meilleur album d’U.D.O et l’une des meilleures sorties hard des 90s.

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