W.A.S.P : « The Crimson Idol » (c) 1992

W.A.S.P : « The Crimson Idol » (c) 1992

The Crimson Idol
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Publié: 1992

1988-1992 …. 4 courtes années qui vont produire les meilleurs concepts albums de hard de tous les temps : « Operation : Mindcrime » de Queensryche en 1988, « Street : A Rock-Opera » de Savatage en 1991 puis finalement « The Crimson Idol » de Wasp en 1992. C’est sur ce dernier album que je vais me pencher aujourd’hui. Ces 3 albums ont beaucoup de choses en commun … ils reflètent la prise de conscience par les musiciens du monde et du business corrompus dans lequel ils évoluent, où tout s’achète, où l’alcool et la drogue sont là pour corrompre les gens afin qu’ils soient manipulés par des personnes peu scrupuleuses avides d’argent, exploitant les faiblesses et la gentillesse de leurs proies.
C’est ce que narre Blackie au travers de son magnifique « The Crimson Idol », reflet certainement de sa propre vie, ici sous les traits de Jonathon traumatisé par une enfance ressemblant à l’enfer, jamais accepté par ses parents qui ont toujours eu d’yeux que pour son frère ainé. Sa vie changea définitivement lorsque son frère fut écrasé par un chaufard alcoolique .. Sa vie ne fut plus jamais la même, ses parents lui faisant vivre un véritable enfer, il quitta la maison familiale à 16 ans pour la grande « ville » (la cité des anges) et découvrit sa passion et son talent pour la musique. L’album raconte sa rencontre avec toutes les pourritures du système, manager avide d’argent prêt à tout pour gagner quelques dollars mais qui mena Jonathon en haut de l’affiche en faisant de lui une star, sa rencontre avec un dealer qui l’embarqua dans une spirale infernale … le menant au bout du roulot …jusqu’à ce que ses démons reviennent, dont son envie d’acceptation par ses parents….
Une histoire triste mais passionnante qui tenait à coeur à Blackie .. et cela s’entend tant l’artiste américain a réussi à mettre en musique cette histoire émouvante et dramatique. Blackie n’a pas simplément fait un bon concept album, non .. il a réalisé un chef d’oeuvre absolu d’une richesse musicale et émotionnelle hors du commun. Arriver à suivre l’histoire en musique en y collant aussi près et en arrivant à faire ressortir tous les sentiments de Jonathon au divers moments de l’album est certainement la plus grande réussite du disque, aidé grandement par la voix tellement expressive (et sublime) de Blackie.
« The Titanic Ouveture » commence l’épopée de la plus belle des façons, très calmement avec ces arpèges de guitares acoustiques avec Blackie prenant le rôle de Jonathon, posté devant son mirroir, se demandant qui il est vraiment pour que ses parents l’ignorent en permanence. Puis la batterie débarque avec cette double grosse caisse et tous les roulements de toms d’un Banali au top de sa forme, les riffs de Blackie cavalent, un léger clavier tout en ambiance rajoute de la profondeur à la musique. Vraiment magnifique et déjà nous sommes embarqués aux côtés de Jonathon. La suite va être l’enchainement de 3 titres très heavy absolument énormes. Tout d’abord « The Invisible Boy » très énervé avec encore une fois un festival de Banali à la batterie (arrf tous ces roulements de toms ❤ ). Musicalement, c’est bougrement heavy rappelant un peu le « The Heretic (The Lost Child) » de l’album précédent. Le héro parle à son père, lui demande à quoi il sert, pourquoi le considère t il comme leur esclave, comme l’enfant qu’il n’avait jamais voulu avoir, étant invisible à leurs yeux. Un court intermède acoustique avec Blackie chantant une mélodie qui sera reprise plusieurs fois dans l’album et absolument belle à pleurer avec cette voix torturée de Blackie .. Puis un gros riff heavy résonne dans les enceintes, celui de « Arena Of Pleasure » qui part sur un tempo rapide altenant passages calmes (mais avec Blackie énervé au chant) et passage heavy …Que c’est accrocheur et bien composé. Blackie « Jonathon » nous embarque avec lui, quittant ses parents pour vivre sa propre vie seule à Los Angeles, essayant de percer dans le milieu de la musique mais galérant.
L’un des meilleurs morceaux de l’album, « Chainsaw Charlie (Murders In The New Morgue) » commence très calmement avec la voix de Charlie, un business man verreux qui va faire découvrir à Jonathon un visage bien sombre et pourri de la vie, et du monde du show bizz mais en lui faisant mirroiter gloire, succès et richesse. Le titre est encore une fois très heavy sur un tempo enlevé, des riffs puissants avec toujours en fond un orgue du plus bel effet, et .. puis de refrain tellement addictif (« Murders, Murders in the new morgue »). Un mot également au sujet des interventions et des soli vraiment excellents de Bob Kulick. Au milieu du titre, break et les musiciens nous embarquent sur un rythme énervé et bien plus heavy sur un nouveau riff tellement bon … pour déboucher sur une nouvelle séries de soli . Il se passe tellement de choses dans ce titre, ça fuse dans tous les sens pour le plus grand plaisir de nos oreilles . Pièce centrale et très importante de l’album reflétant le début de la gloire de Jonathon mais aussi le début de la fin au travers d’un engrenage qui ne s’arrêtera qu’avec une fin dramatique. Juste avant d’enregistrer son 1er album, Jonathon rencontre une voyante. La très belle ballade « The Gypsy Meets the Boy » évoque cette rencontre : guitare acoustique (avec en fond une guitare électrique inquiétante) et bien sûr ce chant magnifique de Blackie qui vit à 200% ses paroles et cette (son ?) histoire. La mélodie est très chouette. La fin du titre s’énerve un peu avec encore une fois ces roulements de batteries fantastiques de Banali (et rappelant bien entendu les Who de Quadrophenia) avec la mélodie récurante chantée avec tant d’émotion par Blackie qui revient en fin de titre (« I Just Wanna Be The Crimson Idol of a million »). Cette voyante lui prédit gloire et succès mais lui conseille de faire attention car après la gloire, plus dure sera la chute avec la rencontre de la mort portant le masque du « King Of Mercy ».
« Doctor Rockter » déboule sans transition dans la plus pure tradition du groupe. Un titre hard comme Blackie sait en écrire avec tant de talent. Ici, Jonathon fait la rencontre d’un dealer qui va le conduire dans une spirale infernale, celle de tous les excès .. et il crie à l’aide n’arrivant plus à émerger de tous ses vices.
Les prédictions de la voyante s’avèrent vraies et Jonathon rencontre un énorme succès, devient seul .. « I’m One », titre qui décrit cette ascension fulgurante, ce succès synomyne d’argents et des excès (alcools, filles, drogue). Ce titre est encore une fois fantastique toujours rythmé par cette batterie décidement géniale du début à la fin, et puis ce refrain avec ces choeurs « hehehehh I’m One » vraiment géniaux . Ce succès le perd, il met de côté tous ses démons du passé et brûle de son succès … mais ce sera pour accentuer sa chute ….
Son manager se rend compte de la déchéance dans laquelle est tombé Jonathon qui risque surtout de mettre en péril ses rentrées d’argent. Il menace Jonathon de le lacher … La jeune idole commence à réaliser qu’il est allé trop loin dans le superbe « The Idol » magnifique power balade commençant doucement avec guitares acoustiques et chant posé et mélancolique de Blackie avant que la guitare heavy débarque sur le refrain enchainé avec une série de soli magnifiques. Un titre tellement émouvant, sorte de cris de désespoire, de SOS d’un artiste au bout du rouleau. Kulick illumine le morceau par ses interventions nombreuses et si justes. Une pépite que ce titre.
Jonathon pense que sa seule rédemption est de nouveau faire face au mirroir, affronter les démons du passés pour apprendre à vivre avec ce qui lui importe le plus, avoir la reconnaisance de ses parents mais la peur le terrorise, la peur d’un énième rejet par sa mère .. et c’est ce que traduit la magnifique ballade acoustique « Hold On To My Heart », où Blackie montre encore une fois quel grand compositeur il est, même lorsqu’il s’agit d’écrire une chanson très calme.
Le grand final arrive, le superbe épique « The Great Misconceptions of Me » avec ce début beau à pleurer avec Jonathon ayant pris son courrage à 2 mains et téléphonant à sa mère. Blackie chante avec une voix tremblante d’émotion … que c’est beau .. Jonathon demandant …ou plutôt implorant sa mère de le sauver en l’acceptant, en le reconnaissant comme son fils … mais sa mère lui répond sèchement « Nous n’avons pas de fils ».
La dénouement n’aura qu’un sens …sa fin …Le morceau change de ton et devient heavy sur un rythme enlevé. reprenant durant ses quasi 10 minutes tous les thèmes des différents titres de l’album, mais enchainés et inclus d’une façon très fluide comme si la vie de Jonathon défilait devant ses yeux annonçant sa mort prochaine. Le titre change de rythmes plusieurs fois évoquant les étapes de rélexion de Jonathon qui comprend que tous ses rèves de gloire, de succès se sont réalisés mais n’ont servi à rien si ce n’est qu’à accélérer sa fin inexaurable, et que même en étant arrivé à être une star internationale gagnant des milions ne changera jamais le regard de ses parents sur lui …La fin du titre comme de l’histoire est dramatique, émouvante et pleine de colère comme ces derniers riffs, ce clavier sombre en fond et ce chant désespéré de Blackie. Quel final sublime !
En en peu moins d’une heure, Blackie a réussi à composer une oeuvre majeure en tout point fantastique. On lit souvent ici et là au sujet de l’album qu’il s’agit de l’oeuvre de toute une vie pour Blackie .. mais c’est tellement vraie. On sent que chaque note, chaque arrangement, chaque mélodie et chaque mot ont été murement réfléchis par Blackie, afin de rentrer au mieux dans le concept et faire vivre de la façon la plus réaliste toutes les émotions vécues par Jonathon tout au long de sa descente aux enfers. Jamais la musique de Wasp n’aura été aussi riche et émouvante, un disque qu’il faut écouter en entier et qui embarque dès les premières notes. Tous les musiciens brillent dont cette section rythmique qui, pour moi, est l’un des grands succès de l’album. Blackie a essayé maintes et maintes fois par la suite de reproduire cet album avec plus ou moins de succès (« The Neon God Part 1 » est très bon et reprend le style avec un autre concept album, par contre « Dying For The World » est trop brouillon) sans jamais atteindre l’excellence de ce « The Crimson Idol ». Un disque ayant marqué l’histoire de la musique au même titre qu’un « The Wall », « Tommy », « Quadrophenia » (dont Blackie est archi fan) ou un « Operation : Mindcrime ». Quand émotion, musicalité, inspiration et talent se marient tellement bien, cela donne ce chef d’oeuvre ultime d’un groupe au sommet de son art.

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