QUEENSRYCHE : « Promised Land » (c) 1994

QUEENSRYCHE : « Promised Land » (c) 1994

Promised Land
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Publié: 18/10/1994
Les 90s auront vu bon nombre de chamboulements dans la sphère musicale et plus particulièrement le hard qui perdit en popularité au profit d’autres styles émergeants, comme le grunge, le neo-metal, le fusion. Mais au delà du rock, c’est tout le monde musical qui se voyait évoluer … le rap explosait, les boys bands trustaient les charts … les temps changeaient, de nouvelles pages s’écrivaient et on ne peut pas nier que cela fit trembler les fondations de la maison hard. Maiden revenait à une musique plus rock et Bruce démissionnait disant à l’époque qu’il en avait marre de tout ce « cirque », Metallica perdait pied ne sachant où aller et commençant à glorifier dans la presse Oasis ou Nick Cave oubliant leurs héros de hier (Diamond Head, Motorhead …), Judas Priest était au point mort, Dio vraiment pas au meilleur de sa forme musicale, Helloween tombait dans la soupe .. et la relève tardait à se manifester … mais le tableau n’était pas si sombre que cela … la période était certainement difficile pour bon nombre de groupes et il leur fallait un certain temps d’adaptation …et avec le recul, on voit que des « nouvelles vagues » de courants musicaux de hard virent le jour mi-90 / fin 90s, les gros dinosaures se remirent en question et repartirent pour un tour revenant plus forts que jamais.
Et pour d’autres, cela se fit naturellement …. comme pour les américains de Queensryche qui avaient toujours été assoiffés de découvertes, d’innovations (cela s’entendait déjà dès leur « The Warning » en 1984). L’un des moteurs de cette évolution et remise en questions permanente était Geoff Tate. A l’époque, il faut bien reconnaître que le chanteur tirait le groupe vers le haut, bien entendu grandement aidé par Chris DeGarmo et Wilton. Cela n’était un secret pour personne que Tate ne voulait pas rester dans le carcan du hard …il voulait que chaque album soit différent de son prédécesseur .. et pour le coup, c’était exactement le cas avec les 4 premiers opus du groupe de Seattle …. et cela le fut également pour ce « Promised Land » qui allait déboussoler bon nombre de fans car en effet, Queensryche ne s’était mis aucune barrière et avait laissé libre court à son inspiration, sans aucun calcul ou plan et le résultat était vraiment bluffant. Je comprends que cette approche et le résultat aient pu bloquer et déplaire aux fans de hard car ce « Promised Land » n’était pas un disque de hard comme on l’entend et n’avait plus grand chose à voir avec « The Warning » ou « Operation:Mindcrime ». Ici, les riffs ne sont ni heavy ni tranchant, les titres ne sont pas formatés brûlots heavy metal aptes à faire headbanguer les légions de hardos. Non le propos de Queensryche sur cet opus était tout autre. Le groupe avait muri, grandi et sortait de 10 ans de tournées intensives, d’un succès énorme aux USA les années précédentes les ayant conduit sur la route 2 ans et demi sans pause. Les musiciens voulaient aborder d’autres sujets, d’autres humeurs musicales et en cela, ce « Promised Land » tient toutes ses promesses. La musique se veut beaucoup plus posée, introspective, émotionnelle et est une invitation à la réflexion sur les paroles de Tate et de DeGarmo se posant des questions sur l’évolution de chacun dans la vie, prenant de l’age, sur la façon de vivre le succès et au final le sens de notre vie par rapport à tout ça.
Et cela démarre dès ces battements de coeurs puis son arrêt dans « 9:28 » signifiant la fin de la vie ….avec ces bruitages élaborés par Scott Rockenfield … mais la vie n’est qu’un éternel recommencement veut signifer le groupe avec les gazouillements de bébé dès le début de l’étrange « I Am I ». D’entrée de jeux, le groupe pose ses cartes sur la table avec ce titre atypique, au rythme sacadé, avec en fond des bruitages, une ligne vocale pour le moins étrange, des riffs syncopés durant les couplets puis ayant une consonance orientale durant le refrain …Ce titre est à sa 1ère écoute, déroutant car tellement riche d’effets sonores. On entend ici une cithare, là des percussions, un saxo dans le fond, ces diverses voix et effets vocaux … Il m’avait fallu plusieurs écoutes pour rentrer dans ce titre et en apprécier toutes ses subtilités. Mais quel morceau !!!
Comme pour permettre de nous remettre de ce voyage émotionnel, « Damaged » revient à des sonorités plus typiques du Queensryche des disques précédents rappelant les meilleurs moments d’ « Empire ». La basse se veut très présente avec un son de foli (comme sur tout l’album). Un brûlot rythmé, accrocheur et très bien composé.
Le groupe enchaine avec 2 pièces magnifiques essentiellement acoustiques, avec tout d’abord ce « Out Of Mind » beau à pleurer dont ce passage musicale avec un solo de Degarmo tout en touché, en feeling et très pink-floydien de toute beauté .. avec cette basse fretless d’Eddie Jackson donnant encore plus de relief à ce titre. « Bridge » est un titre très émouvant avec des paroles écrites par Degarmo évoquant la mort de sa papa durant .. les sessions d’enregistrement de l’album. Tate chante ces paroles avec une grande sensibilité et c’est magnifique d’autant plus que la mélodie est superbe, et encore une fois Degardo place un solo tout un feeling démontrant encore une fois quel grand guitariste et mélodiste il est. Un titre d’une beauté, d’un pureté musicale magnifique et très touchant montrant une nouvelle facette du groupe (bien que déjà abordé dans le passé comme sur « Della Brown »). Ces 4 premières pistes ont clairement montré la nouvelle orientation musicale du groupe basée avant tout sur la transmission d’émotion et sur la sensibilité … et bien que dire de ce pavet de 8 minutes qu’est le title track « Promised Land » absolument génial. Tate démontre quel immense chanteur et interprète il est se permettant même de jouer du saxo sur ce morceau épique tout en ambiance, lent avec des guitares n’intervenant que quand nécessaire pour donner plus d’impact, Rockenfield est impérial et donne tellement de dynamique à la rythmique portant le morceau grandement aidé encore une fois par la basse d’Eddie Jackson. On sent l’influence de Pink Floyd bien entendu mais distillée à la sauce Queensryche qui atteignait sur ce titre l’apothéose de leur inspiration et de leur exploration musicale, trouvant l’équilibre parfait entre musicalité, bruitages et ambiances de bar avec des personnes ayant vu leur succès passé les perdre (le groupe fit une mise en scène fabuleuse sur ce titre durant la tournée de l’album, avec un bar, des acteurs, et un Geoff Tape absolument royal à la fois comme chanteur, acteur .. et joueur de saxo !). Une pépite.
Et les explorations du quinquet ne sont pas terminées .. comme un témoigne ce « Disconnected » avec une fois de plus ces buitages et effets concoctés par Rockenfield, ce saxo de Tate surgissant ici et là, avec un riff heavy émergeant de temps en temps sur une section rythmique à son meilleur niveau .. et puis cette performance de Tate encore une fois …s’adaptant, innovant avec ce chant en voix grave tout en retenu. On est à cent lieu du hard des 80s mais que c’est bon et bien barré et … puis quel travail rythmique !
« Lady Jane » revient à des sonorités plus standards pour une power ballade de toute beauté, avec ce piano soutenu par un riff heavy, ce violon puis ce solo en twin guitares superbe.
« My Global Mind » nous ramène un peu dans des ambiances de l’album précédent avec un heavy sophistiqué avec une dynamique intéressante entre couplets posés (mais toujours cette basse ❤ ) et un refrain relevé et plus rythmé.
« One More Time » est un magnifique titre rappelant un peu par certaines parties de guitares le title track et illuminé par cette partie instrumentale avec ce solo et ces twin guitares faisant mouche.
Ce 5eme album du groupe se termine de façon intimiste par ce très beau piano (Degarmo) / voix (Tate) . La mélodie donne le frisson avec un Tate au sommet de son talent avec une interprétation qui hérisse le poil, bien aidé par le jeu de piano de Degarmo parfait. Après toutes ces interrogations, cette recherche de soi tout au long de l’album, Tate et Degarmo finissent par trouver les réponses et trouver qui ils sont (« I know now who I am »), simplement des personnes différentes de celles qu’ils étaient 10 ou 15 ans auparavant, qui ont grandi, changé … tout comme leur musique.
« Promised Land » est, encore aujourd’hui, un album boudé par une bonne partie de leurs fans ou des fans de hard et c’est vraiment injuste. Je n’irai pas par 4 chemins me concernant, cet opus de quintet de Seattle est un chef d’oeuvre, ni plus ni moins. Le groupe avait osé pour le meilleur, et réussi leur pari avec un disque d’une très grande richesse musicale, d’innovations avec ces divers effets, bruitages et inclusions d’instruments marquant cette volonté du groupe de s’affranchir de toutes les barrières et c’était tout à leur honneur. Un disque qui a beaucoup d’un album concept tant tous les titres baignent dans une même ambiance et vont dans la même direction, la recherche de soi. Un mot enfin sur la production et le son absolument fantastique donné aux chansons par James Barton et le groupe lui même .. certainement la meilleure prod que le groupe ait jamais eu avec autant de relief (encore une fois mais quel son de basse !!) et de richesse sonore.
Un disque à part qu’il ne faut surtout pas comparer aux précédents efforts du groupe car totalement différent .. mais tout aussi réussi.
Un chef d’oeuvre (oublié et boudé) sans aucun doute, et le dernier très grand album du groupe.

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