TENTATION : « Le Berceau des Dieux » (c) 2021

TENTATION : « Le Berceau des Dieux » (c) 2021

Le Berceau des Dieux
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Publié: 24/09/2021

L’une des choses m’ayant fait adorer IRON MAIDEN du haut de mes 13 ans en 1985 était, en plus de la musique bien sûr, leurs paroles qui me faisaient voyager (et améliorer mon anglais !) au travers de ces différentes histoires de vieux marins, de fantôme de l’opéra, d’Icare, d’une prostituée, d’enfants damnés, de Messerschmitt BF 109 , de pharaons et de tant d’autres récits passionnants.
J’ai toujours pensé que des très bonnes paroles racontant une histoire ou témoignant d’un passé mystérieux, douloureux et finalement très actuel, élevaient le morceau à un autre niveau et nous immergeait encore plus dans la musique, faisant fonctionner nos neurones en plus de nos oreilles.
Et pour le coup, nous avons été gâtés en ce début d’année avec les productions hexagonales (cocorico(boy) !) avec les sorties d’album d’ HEXECUTOR et de HERZEL, 2 groupes bretons racontant à leur façon des morceaux d’histoire ou légendes de leur région … et ce voyage passionnant très riche va continuer à la rentrée (le 24 septembre exactement) avec la sortie de ce tant attendu 1er album des torreillans de TENTATION (à qui l’ont doit également l’un des meilleurs festivals de hard en France, le Pyrenean Warriors Open Air), « Le Berceau de Dieux » chez Gates Of Hell Records qui tout au long des 10 titres de la galette va nous conter des légendes, des moments sombres de l’Histoire mis en musique au moyen de riffs en acier trempé, de grondement du tonnerre des roulements de toms de batteries, de coups de boutoir de basse et de chants torturés.
Dire que nous attendions ce 1er opus des catalans est un doux euphémisme car il faut bien avouer que l’attente fut longue entre leur 1er EP sorti en 2015 et ce 1er album … Entre temps, le groupe a parcouru la France pour faire connaître leur nom (« il s’appelle …. » 😉 ) et ont acquis durant ces 5 années sur la route une sacrée bonne réputation de tueurs sur scène, avec un public toujours acquis à leur cause et chantant toutes les paroles de leurs chansons. Un concert de TENTATION est un moment à vivre au moins une fois tant cette magie et cette communion avec leur public fait chaud au cœur (de hardos). Le quatuor nous a quand même lâché début 2018 quelques nouveaux titres sur le split album avec IRON SLAUGHT tout en continuant à sillonner l’hexagone dont des festivals comme le South Troopers Festival, le Festival de Vouziers, le Rising Fest et le Court Of Chaos.
Alors le voilà ce précieux tant attendu …. et l’attente valait vraiment le coup. C’est bien simple, le groupe a progressé à tous les niveaux (des dizaines de concerts, cela aide !) et a pris son temps pour composer, arranger et peaufiner chacune de ces 10 pistes afin que chacune d’entre elle ait un impact optimal et c’est réussi à 200% !
Ce qui frappe immédiatement aux (t)oreilles est le son … nom de …Zeus que c’est puissant, compact et solide comme un énorme parpaing. On pouvait reprocher à leur 1er EP une prod un peu légère mais ici la qualité et la puissance dégagée sont un énorme plus rendant l’écoute des chansons encore plus agréable. On entend clairement la volonté des musiciens de mettre en valeur leurs compos avec le meilleur son possible, ils s’en sont donnés les moyens et le résultat est bluffant.
Ça démarre très fort avec ‘L’Exode » avec un riff très maidennien (qui a dit 2 minutes to midnight 😉 ) bougrement entrainant pour ce 1er hymne à ranger à coté de leur bombe « Bruixes » de leur 1er EP. Le chanteur Pat nous chante une légende égyptienne, celle de la déesse du Ciel Nout qui selon les croyances de cette époque lointaine permettait la résurrection des défunts dans le Ciel aux milieux des étoiles formant le corps de la déesse. Impossible de résister à la mélodie de Pat, à ces riffs assassins … on tape du pied, on secoue la tête en souriant … le voyage métallique a commencé !
Le tempo s’accélère avec « Le Couvent » avec la pédale de grosse de caisse martelée par Laurent M., ces riffs ébouriffants de Guillaume G tout au long de ce brûlot à l’histoire glaçant le sang inspirée de films d’horreurs italiens comme « Dark Waters » de Mariano Baino, le récit de ces jeunes ouvrant une porte condamnée dans un couvent et libérant des forces maléfiques de l’Enfer. L’ambiance est malsaine, violente avec cette tornade musicale … avant qu’un break étonnant survient avec un orgue (du couvent) rajoutant à cette ambiance sordide .. avec la basse de Guillaume P bien présente … et ces rires diaboliques …ambiance ambiance … Une série de soli et d’harmonies de guitare bien sentis prennent le relais. Quand j’évoquais au début de la chronique l’importance des paroles, des atmosphères … cela prend tout son sens avec ce titre.
Pas le temps de respirer, Guillaume D décroche un sacré bon riff (me rappelant un p’tit peu « Phantom Of The Opera » de qui vous savez) qui encore une fois est entrainant. « Le choc des titans » fait référence à la dernière bataille entre les 1ers Dieux – les Titans – et leurs descendants dont Zeus qui détrôna Cronos et les Titans. On retrouve sur ce morceau la … pat(te) du groupe à son meilleur niveau, le riff de malade, une mélodie vicieuse et des paroles tellement bien trouvées qu’on les retient immédiatement … cela va promettre lors des concerts .. sans parler de ces « ohooh » .. avant qu’un solo de guitare parfait à la fois mélodique et plein de virtuosité se terminant par quelques belles harmonies qui nous régalent les cages à miel.
« Interlude » porte bien son nom, et cette magnifique guitare acoustique et ses arpèges nous caressent les oreilles (client d’œil à « Laétitia » ?). Que c’est beau et reposant.
Mais c’est pour mieux nous préparer à la piste suivante, le très heavy « Taureau d’Airin » nous transportant 500 ans avant JC à Agrigente en Sicile où le tyran pervers Phalaris avait demandé à Perillos de construire une machine de torture, un taureau en Airain, dans lequel était enfermé le condamné, était chauffé et porté au rouge faisant griller le pauvre malheureux enfermé dedans. L’Histoire raconte que sa première victime fut … Perillos son concepteur. Encore un très bon … brûlot (sic) agrémenté par des soli au poil, et quelques chœurs martiaux.
Changement d’époque et de .. climat avec les « Conquérants » durant lequel nous partons naviguer dans les drakkars vikings sur les mers glacées des pays nordiques. Le tempo est rapide, les riffs à la METALLICA de la grande époque moulinent pendant les couplets tandis que le refrain se veut mélodique avec le rythme ralentissant, puis les riffs s’entrechoquent juste avant un solo aux petits oignons de Guillaume D. Un petit mot à ce sujet car les soli et les riffs de Guillaume sur cet album sont vraiment l’une des forces de chaque titre, avec un son mordant rendant honneur à ses soli.
Jusque-là, les torraillans n’ont pas fait de quartier nous assénant coup de massue sur coup de massue. Le groupe s’essaie pour la 1ère fois à un morceau à ambiances, une power ballade à la « Fade To Black » des Four Horsemen , à la « La Délire d’un fou » de SORTILEGE, « Les Cloches de l’Enfer » de PONCE PILATE ou encore rappelant le très poignant « Vivre Libre » de BLASPHEME. Nous n’attendions pas forcément ces excités du riff dans ce registre, et il faut bien avouer que ce « Baldr » (prononcé Baldur) est une totale réussite, tellement poignant avec un chant de Pat rempli d’émotion, de gravité. Cela commence avec le bruit du vent soufflant, des sons de tambours certainement funéraires, puis des arpèges de guitares magnifiques arrivent sur lesquels la voix de Pat se pose, d’une justesse parfaite, avec une émotion palpable sur ces paroles hommages à nos Morts tout en faisant référence à Baldr dieu de la lumière, la beauté, la jeunesse et de l’amour de la mythologie nordique tué par Loki et envoyé dans le monde des morts. Un riff heavy (me rappelant un peu celui du refrain du « Santa Ana Winds » de SURVIVOR) porte ce refrain de toute beauté dont la mélodie ne peut que nous émouvoir, soutenu par des chœurs semblant montés vers le Ciel, vers la Lumière promise. Guillaume pose un solo avec ce qu’il faut de notes puis le tempo s’accélère, le chant de Pat s’énerve, les riffs résonnent rajoutant à cette puissance comme pour marquer cette dernière colère avant le passage définitif de l’être perdu de l’autre côté. Le pari est réussi pour TENTATION, ce morceau est un joyau d’une pureté éclatante, chargé de tellement d’émotions, certainement mon titre préféré de l’album.
Un riff monstrueux lance « Blanche » agrémenté ici et là de licks de guitares pour cette histoire glauque mais malheureusement véridique de Blanche Monnier enfermée et séquestrée pendant 25 ans par sa propre famille car refusant l’amour de leur fille pour un avocat républicain. Elle fut retrouvée suite à une perquisition ordonnée par le procureur, sous-alimentée avec que la peau sur les os et dans un état de fatigue extrême. Le tempo est soutenu, les riffs sont heavy et assez maidennien (de même que les soli), la basse de Guillaume P est très présente pour un titre d’une grande efficacité et qui devrait cartonner en concert.
« L’enfant du Gosthal » est un court ovni musical avec ce clavier aux sons très 80s, ces quelques notes de pianos composées par Yann Parpeix du groupe PONCE PILATE dont les musiciens de TENTATION sont fans (ils avaient du reste repris « Les Anges de Balthazar» sur le split « 665 – Les Hordes Metalliques »)… avant la dernière mandale de l’album …avec « Heavy Metal » n’ayant jamais autant bien porté son nom sur laquelle ont été conviés au chant Jérémy d’ IRON SLAUGHT, Jérémy d’HEXECUTOR et Patrice de TITAN pour une compo un peu à part, plus typiquement heavy metal rappelant KILLERS et TITAN. Ça déménage, c’est hymnique et cela promet de belles chorales lors des prochains shows du groupe !
Le verdict est sans appel, TENTATION a sorti un grand album d’un niveau incroyable et surtout d’une constance dans la qualité du 1er ou dernier titre, arrivant à surprendre le temps d’une power ballade belle à pleurer, en glissant des petits interludes donnant de l’air dans cette fournaise ultra heavy mais où la mélodie prime toujours sur des paroles passionnantes et instructives. « Le Berceau des Dieux » rejoint « Beyond any Human Conception of Knowledge… » et « Le dernier rempart » dans le trio des meilleurs albums français sortis ces dernières années …et je le positionne même parmi les meilleurs albums tout court parus ces dernières années. Un très grand album.
Bravo !!!

 

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